Dans l'histoire de la confession, avant le Latran IV on constate un lent et constant processus de privatisation. le premier paradigme ( ensemble de théories, de méthodes et de valeurs admises par un groupe à une époque donnée ) fut la " pénitence publique " révélation solennelle et unique du secret de la culpabilité personnelle devant la communauté réunie, acte de grande humilité, le plus souvent remis aux dernières années ou même aux derniers moments de la vie !
Puis le Monachisme ( moines et moniales ) instaure l'aveu confidentiel et régulier devant l'Abbé ou devant d'autres Frères élus. Cela devait avoir lieu avant le coucher du soleil du jour ou le moine ou la moniale avait pêché. A partir du IX siècle va s'instituer la confession privée de bouche à oreille au prêtre tenant de Dieu le pouvoir d'absoudre les pêchés. Donc une confession sous une forme ou une autre mais réservée au monde ecclésiastique jusqu'en 1215
On ne peut évidemment résumer ici, ni même ébaucher, l'histoire de la confession à travers les siècles mais nous pouvons essayer d'en illustrer le développement général par quelques moments marquants du début et de la fin du Moyen âge
Cette évolution se divise grosso-modo en deux longues périodes entre lesquelles on trouve la frontière, voire la rupture, constituée par un évenement institutionnel précis : l'obligation pour chaque chrétien, sous peine d'excommunication, de se confesser à Pâques ou au moins une fois l'an ( paragraphe 21 du concile du Latran IV de 1215)
On a souvent relevé, et à juste titre, le fait qu'il n'y a pas eu en Occident de mesure plus incisive ou plus influente que celle d'Innocent III sur la psychologie collective. A cette époque l'excommunication n'était pas prise à la légère car vous vous retrouviez mis au ban de la société médiévale, privé de toute considération, même un lépreux était mieux considéré qu'un excommunié !!!
Ce simple acte de législation auquel aucune autre religion n'attribuera une telle valeur, réussira à transformer profondément les consciences et a stabiliser l'intitution catholique
C'est pourquoi il n'est pas inutile de comparer ce que la confession a été avant et après ce tournant historique de 1215. Freud distinguait la psychanalyse de la confession, en affirmant que cette dernière ne dévoilait que des fautes conscientes alors que son invention s'occupait des tares inconscientes
Je pense que notre éminent psychanalyste n'a jamais lu les deux auteurs patristiques qu'étaient Jean Cassien V siècle et Grégoire le Grand VI siècle ils proposaient déjà des techniques extrêmement subtiles pour détecter les vices cachés derrière des vertus apparentes et affichées il s'agissait pour eux d'une thérapie pour libérer l'âme des contraintes du mal !
Mais force est de constater que les leçons qui furent tirées de leurs enseignements ne seront pas nécessairement thérapeutique, le droit Canon va en faire la base d'un système de taxation et de classification des fautes de l'âme, jusqu'à aboutir à une véritable discipline spécialisée dans la casuistique des pêchés !! Sans vouloir dramatiser on sent déjà le Juge prendre la place du Père spirituel et la péntence y devenir matière juridique mais aussi arithmétique dans l'application des peines !
Pierre Legendre, Historien du droit, dans son livre " l'amour du censeur " estime que la législation du Latran IV sur la confession privée obligatoire est dans l'histoire mondiale l'unique cas " d'exploitation du sentiment coupable " consolidant le pouvoir politique d'une institution. L'église, selon lui, s'est emparée du contrôle absolu des fidèles
On voit naître au Moyen âge Flamboyant, période du XIII au XV siècle, quantité de représentations graphiques à l'usage des pénitents simples et rudes mais aussi bien souvent illettrés, montrant les filiations du mal sous forme d'arbres généalogiques
Un de ces arbres comportait 87 branches et 261 rameaux ce qui fait un total de 783 péchés possibles à mémoriser pour le commun des mortels !!! il y a désormais un engouement de la piété pour la quantification et la comptabilité des péchés
Les Ouailles vont se montrer de plus en plus scrupuleuses, jusqu'à l'obsession collective. A la fin du Moyen âge l'angoisse de manquer une bonne confession était tellement répandue et contagieuse que le Théologien Jean Gerson ( 1363-1429 ) fut amené à avertir les Laïcs contre cette inflation de scrupules
On voyait apparaître à la fin du Moyen âge, sur toute l'échelle sociale, la même préoccupation fébrile de vivre près des confesseurs. Les pauvres et les simples laïques fréquentaient assidûment le prêtre local, ne lui laissant de répit que lorsque des Frères mendiants ambulants venaient dans leur paroisse prêcher et entendre la confession
Les Nobles, les personnages haut placés, la grande Bourgeoise se payaient le luxe d'être continuellement accompagnés d'un directeur de conscience, les lavant régulièrement de leurs péchés. Même un prince de l'esprit comme Pétrarque n'échappait pas à la règle ! Il était profondement hanté par la peur de gaspiller son temps en occupations stériles qui auraient pu le détourner du seul " souci de soi " que l'on comprend comme un exament de conscience continuel et une méditation sur une mort eventuelle ou imminente !
Mais nous voilà dans l'escalade, car l'aveu en tant qu'aveu a développé sa propre loi, dépassant de loin son premier objectif de révélation de fautes commises et grâce à la fantaise inventive des confesseurs et des inquisiteurs, il est devenu une machine produisant des péchés
De nouveaux méfaits inouïs vont voir le jour et se multiplier, tant dans l'imaginaire que dans la réalité !
PS : ne pas oublier en plus le péché de Simonie ( monayer des grâces ) pratiqué par l'église qui vendait des indulgences et marchandait vos péchés, en vous vendant un viatique sous forme de parchemin en échange de Sols ou de Deniers...j'ai puisé pour cet article dans un texte de P Von Moos sur les Oculta cordis M de V






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