Membres

jeudi 25 mai 2017

L' attentat d'Anagni et Guillaume de Nogaret

Guillaume (ou Guilhem) de Nogaret fut professeur de droit romain à l'université de Montpellier et conseiller juridique de plusieurs grands seigneurs, anoblit par lettre du roi en 1299 il devient gardien du sceau de Philippe IV le Bel, après la mort de Pierre Flote en l'an 1302.

Il infléchit la politique de Flote en ce qui concerne le droit du roi, maître de son royaume, donc maître de son clergé, il s'agit surtout pour Nogaret de défendre son église et son royaume contre un pape indigne, lors de l'offensive de 1303 contre Boniface VIII il reste volontiers en retrait pour laisser un Guillaume de Plaisians haranguer la masse populaire.

Il est indéfectiblement attaché à son roi, partageant ses idées d'un pouvoir hégémonique sans faille, on le placerait plus comme un agent secret, que comme un politique influent du roi de fer.


L'histoire pourrait commencer par ce fait anodin mais étrange, qui cependant peut éclairer la suite de cette affaire d'Anagni. C'est que quand Guillaume de Nogaret se rend en Italie pour rencontrer Boniface, il y va seul, ou c'est tout comme!! il n'est accompagné que de deux malheureux écuyers.

Pour un conflit pareil entre son roi et le pontife de l'église romaine cela semble bien peu, au vu de la mission qui lui est impartie. Si on se reporte dans les faits il allait voir ce fumeux pape pour le citer à comparaître devant un concile réunis à Paris.

Or ni le roi de France ni son parlement ni aucune autorité temporelle n'avait le droit ou le pouvoir de réunir un tel concile!! seul le pape avait se pouvoir, mais allait il convoquer un concile pour se punir lui même, restons sérieux.

Cependant pris sous un autre angle, on pouvait aborder le conflit dans le respect de la foi chrétienne, si le pape est accusé d'hérésie ou d'idolâtrie, alors les prélats de l'église peuvent et doivent se rassembler sans son autorité, et rechercher la vérité sur les faits qui lui sont reprochés. Mais dans ce cas le roi de France ne peut faire autre chose que fournir une assistance.


Il fallait donc arracher son consentement à Boniface VIII, ou présenter aux prélats de l'église des preuves graves de son hérésie afin de pouvoir constituer un concile pour le juger.

Car le droit Canon ici est on ne peut plus clair, l'hérésie est le seul crime dont un pape doit répondre. Mais Boniface (Benoit Gaetani), en tant que pontife s'était montré orgueilleux, violent, autoritaire et même particulièrement fourbe c'est sur!!, mais quand à attaquer son orthodoxie...?? le parlement de Paris avait des faits bien minimes qui ne convaincraient pas des prélats réunis en concile.

Cependant, après les actes du parlement en juin 1308, le roi de fer ne pouvait plus reculer, il lui fallait faire pression sur le pape, ou mener une campagne contre celui ci auprès des prélats de l'église dans les autres royaumes.


C'est à ce moment que la mission de Nogaret reprend tout son sens, il ne se rend pas la bas en tant que conseiller du roi de France, pour porter une citation à comparaître! puisque ni son roi ni le parlement n'en avait le pouvoir!! mais pour contraindre le pontife à proclamer une réunion d'un concile général.

Le procédé était fourbe, car si le pape se dérobait devant témoins, cela serait considéré comme un refus de se disculper de l'accusation d'hérésie, ce qui aurait pour effet immédiat de dresser contre lui les autorités les plus respectées du droit Canon.

L'affaire avorta par suite des violences commises par les Colonna, cette famille assoiffée de vengeance personnelle contre le pape et ses proches, cette rixe fut elle spontanée ou préparée ? nul ne le sait, toujours est il que le pape en meurt quelques jours plus tard !!.


Mais Nogaret eut il un rôle si pacifique, et l'attentat ne fut il au départ qu'une simple démarche de procédure juridique du droit canon.

Le 7 septembre 1304, approximativement un an après cette fumeuse affaire, Nogaret fait devant l'official de la cour à Paris, la plus détaillée de ses déclarations sur le sujet. Il n'essaye même pas de présenter l'affaire autrement que comme un coup de force dirigé contre Boniface, et c'est à peine s'il se disculpe en protestant de ses bonnes intentions de départ, en accusant la turpitude de ce pape, par contre il réfute toutes responsabilités de son roi dans cette affaire.

Nogaret insiste lourdement sur son rôle indépendant, il répète que le pontife devait être chassé par le pouvoir séculier, voir même par n'importe quel particulier!! et que dans cette nécessité il n'y avait pas d'autre remède.

Ce qui soulève une autre question : Si Nogaret n'agissait qu'en qualité de procureur de son roi, chargé de formuler cette demande de rassembler un concile, et qu'il soit tombé au milieu de cette dispute de famille houleuse, ou il arrive de donner et de recevoir quelques divers horions de poings et de pieds??

Pourquoi ne l'a t'il pas dit ??? il avait la sa défense toute faite, ce qui me semble logique, n'oublions pas qu'il était professeur de droit romain.

Dernière question : pourquoi Philippe IV le Bel laissa t'il Guillaume de Nogaret en porter la responsabilité pendant plusieurs années ???

Mais si l'on admet qu'il fut envoyé la bas comme un agent secret, et que ayant manqué de réussite dans cette affaire d'Anagni, il en accepte loyalement les conséquences afin de couvrir son roi, cela pourrait éventuellement expliquer cette ténébreuse affaire. Mais je laisse à de plus doctes que moi le mot de la fin.

                                                                              Marcus de Valbrun



PS: Nogaret rentre au service du roi à la demande du Chancelier Pierre Flote, qui le fait entrer au conseil du roi. Il s avaient été formés tous deux dans la même école de Droit à Montpellier. A partir de 1298 il siège au Parlement, rapidement anobli il devient chevalier de l'hôtel du roi, puis finalement succéde à Pierre Flote après sa mort en 1302 à la direction des affaires royales ( Flote fut tué lors de la désastreuse bataille de Courtrai), dans les domaines de la finance, de l'administration et de la diplomatie. Néanmoins il subit toutes les conséquences de l'épisode d'Agnani, on le rend responsable de la mort du pontife. Quand Benoit XI succède à boniface, il absout tous les acteurs du drame excepté Nogaret, qui ne le fut qu'en 1311. Le procès des templiers précipite sa chute, il n'en verra pas le dernier acte, il meurt en 1313 avant que Jacques de Molay ne monte sur le bûcher.