La littérature courtoise définit un idéal humain nouveau qui correspond aux tendances de l'élite du monde médiéval à partir de 1150, de cette rude société féodale illustrée par les premières croisades
Il ne convient pas cependant, de voir dans les oeuvres courtoises une représentation historique de la vie aristocratique de la fin du XII et du XIII siècle, pas plus qu'il soit loisible de dessiner un tableau exact des moeurs féodales dans les chansons de geste, les cantilènes ou les légendes et poèmes (voir article précédent ). Les auteurs et écrivains courtois ont créé un univers propre à enchanter l'imagination
L'univers courtois est un domaine aussi riche en possibilités d'aventures que l'univers épique. De prestigieux chevaliers le parcourent aussi passionnés de gloire que les personnages d'épopées. Pour triompher ils doivent exercer d'extraordinaires vertus guerrières
Le merveilleux chrétien est alors remplacé par le merveilleux féerique et l'archange Gabriel par l'enchanteur Merlin, désormais l'idéal qui anime les héros est tout autre. Le chevalier des chansons de geste accomplissant une mission féodale et chrétienne est remplacé par le chevalier courtois agissant pour la Dame qu'il aime !
Nous retrouvons beaucoup ces valeurs dans le monde du JDR ( jeux de rôles ) de l'époque contemporaine ou nous trouvons des reconstituteurs médiévistes et des rôlistes du médiéval fantasy !
Le service d'amour de l'idéal courtois est le grand thème de cette littérature. Il n'apparaît ni comme un divertissement ni comme une passion dévorante, c'est un sentiment noble et pur qui confère son prix à la vie en donnant un sens à l'activité humaine
Aussi impose t'il des devoirs. Comme tout vassal doit hommage à son seigneur, tout chevalier courtois doit hommage et soumission à sa Dame ( du latin Domina qui signifie maitresse ). Si l'ami est " Sergent ", la dame est " Suzeraine " l'amour devient un service féodal ! et le parfait chevalier courtois doit obéir en toute occasion au code du savoir aimer !
L'amour vertu est fondé sur l'admiration réciproque, l'ami admire chez la dame, beauté, sagesse et bonnes manières il ne saurait l'aimer si elle ne possède pas ces mérites
La Dame quand à elle ne consent à recevoir l'hommage de l'ami que s'il se montre paré de qualités militaires, mais aussi mondaines. Pour plaire à la société courtoise la valeur guerrière ne suffit plus !!
Le chevalier doit être soigné, de mise élégante, poli, spirituel, brillant causeur et assez instruit pour savoir lire et écrire. S'il sait chanter et danser c'est encore mieux !!
L'amour courtois ne peut donc rapprocher que des personnes bien nées, mais il suscite un élan vers la perfection. Ce qui n'est pas un mal car il faut bien avouer que jusqu'au milieu du
XII siècle la plupart des chevaliers étaient pour le moins rustique. Désormais il faut mériter les faveurs de l'aimée, l'amour exigeant certaines vertus et en engendrant d'autres !
L'amour courtois est une passion exigeante et secrète, qui soumet l'homme à de longues et indispensables épreuves. Mais quand l'ami aura prouvé sa bravoure, sa fidélité, sa loyauté, sa discrétion et sa soumission aux caprices de la dame, elle finira par accepter ses hommages
D'ailleurs par respect et humilité l'ami n'exprime en général que des souhaits fort modérés, se contentant de quelques témoignages d'amitié, tel qu'un sourire, ou un accueil aimable
A partir du XIII siècle, l'amour courtois prend la forme d'une adoration platonique il n'est pas rare dans une maison de trouver un chevalier pratiquant l'amour courtois avec la dame de son Seigneur, devenant même son chevalier servant, sans pour autant que cela dépasse les limites de la bienséance. C'est aussi le moyen pour le seigneur du lieu de s'attacher de façon indéfectible, un guerrier dans sa maison !!
Les oeuvres littéraires suscitées par ce mouvement social de la courtoisie vont exercer une influence, d'abord superficielle, mais continue dans le temps et la vie de tous les jours. Elles offrent en modèles de séduisants héros et plus tard grâce au rayonnement de ces oeuvres, de nouvelles couches sociales seront gagnées à l'élégance, la politesse, la connaissance et la galanterie !
Au XIII siècle les nantis de la Bourgeoisie goûtent fort les oeuvres courtoises et s'affinent à les pratiquer. La vogue des romans mondains va se répandre dans toute l'Europe; et c'est encore elle que raille Cervantès en au XVII siècle lorsqu'il campe la figure burlesque d'un Don Quichotte courtois amant de l'incomparable Dulcinée du Toboso
Nos écrivains courtois ont contribué à établir une conception de l'amour et de la vie de société que nous verrons reparaître à d'autres époques de notre histoire. C'est ainsi qu'au XVII siècle les raffinements dans la noblesse de cour au Louvre, rappellent ceux des anciennes cours provençales du moyen âge.
Les héros du
Cid de
Pierre Corneille en 1637, par leur manière d'agir, de servir et d'aimer, nous apparaissent comme les descendants, les héritiers des héros courtois de la société médiévale !!
PS : de la Renaissance de Henri II et jusqu'à Louis XIII cette imitation de l'amour courtois pouvait friser le ridicule tant il était exagéré, voir même poussé à l'extrême ...M de V