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lundi 31 août 2026

Le Défi de Mondeville ou le Divorce entre Médecine et Chirurgie

Voyons d'abord le contexte avant que Mondeville n'écrive son Traité et ne devienne le chirurgien du Roy de Fer, Philippe IV le Bel. C'est au XII siècle, en 1163 que fut promulguée cette règle de Droit Canon, dites " Ecclésia Abhorret Sanguine "

Elle interdit aux Clercs étudiants et aux médecins ainsi qu'aux prêtres et moines de pratiquer la chirurgie et la médecine sanglante !!...En bref désormais l'église abhorre le sang !! Les ecclésiastiques cantonnaient donc les deux spécialités au Bren, à la Pisse, au Pus et aux textes Latins, sur le sujet, écrits par des auteurs de l'Antiquité !

Les Universités de la montagne Sainte Geneviève à Paris étaient dirigées par l'église, il fallait donc pour tout postulant au savoir médical, afin d'étudier et de pratiquer, se rendre à la faculté de médecine de Montpellier seule école en France qui n'était pas dirigée par l'église !

Puis au début du XIII siècle en 1215, au Concile du Latran IV, le Pape Innocent III, par une bulle, que l'on nomme aussi Fulmination, rend cette interdiction absolue pour tout le Clergé !....Voilà comment créer des générations d'ignorants pompeux qui ne savaient que pérorer en Latin. Il fallait donc pour Henri de Mondeville se rendre en la cité de Montpellier afin d'y étudier 






Q
uand au début de son Traité notre spécialiste écrit " Moi Henri de Mondeville Chirurgien du très illustre Seigneur Philippe IV le Bel " cela sonne comme un défi, notre diplomé de Montpellier revendique aussi son appartenance à un groupe largement dévalorisé, celui des Chirurgiens ! 

Il n'avait encore été jamais produit en France, d'ouvrage traitant de la chirurgie, à une époque ou le chirurgien était considéré comme un " mécanique " c'est à dire un manuel au même titre qu'un Maçon ou un Pastissier, mais qui en plus était souillé par le contact quotidien avec le sang !. Non content d'être fier de son activité il allait jusqu'à prétendre, à raison pour l'époque, que la profession de chirurgien était bien supérieure à celle de médecin !

Mandeville n'était pas le premier, ni le seul, à déplorer l'abandon de la pratique manuelle par l'élite médicale. Avant lui l'un de ses Maîtres Italiens, Lanfranc de Milan, s'était exclamé à la fin du XIII siècle " O dieu pourquoi y a t'il de nos jours une si grande différence entre Médecins et Chirurgiens. Ils ont abandonné les opérations aux laïques. Soit qu'ils dédaignent d'opérer de leurs mains, ou comme je le pense, parce qu'ils ignorent la manière de pratiquer les opérations. Le vulgaire regarde désormais comme impossible qu'un même homme puisse savoir la chirurgie et la médecine ! "







Quand à Mondeville il enfonce le clou en se moquant des sophistes qui méprisant la pratique paradent comme paons et pérorent en latin au pied du lit du malade, il précise je cite : ceux la sont de faux médecins rusés, qui au dehors sont verbeux, âpres aux gains et hautains qui contredisent les chirurgiens honnêtes dans toutes les interventions !

Notre médecin chirurgien va jusqu'à les brocarder allègrement, se riant des prétentions de ces médicastres qui assurent pouvoir, en lisant les urines, traiter par médication les plaies et les fractures. Ils prescrivent des remèdes inutiles pour avoir l'air de faire quelque chose...que voilà de belles menteries à ne point répéter dans un confessionnal !

Cependant Mondeville reconnait avec regret qu'il y a parmi ses contemporains " fort peu de chirurgiens instruits " et à cause de cela la chirurgie " si necessaire au genre humain et insuffisament transmise "

Il semble obnubilé par le souci de transmettre, d'assurer le relais la ou ses confrères font défaut et il nous fait part de ce qu'il observe autour de lui !






Je cite :
 Je ne vois parmi mes contemporains aucun chirurgien qui soit disposé à l'étude, il y en a fort peu de lettrés, et s'il y en a quelques uns, ou bien ils sont insuffisants, ou bien ils s'adonnent entièrement au gain et ne voudraient pas retrancher cinq sous de leur bénéfice en vue de composer une oeuvre utile à tous !!

Qu'est ce qu'un chirurgien suffisant pour Henri de Mondeville ??....Il nous répond que c'est un chirurgien qui connait l'art et la science de la médecine et surtout l'anatomie. C'est un artifex scientificus qui allie l'acuité intellectuelle du théoricien au savoir faire du praticien !

Ainsi Mondeville voudrait il nous faire comprendre qu'il divise le monde médical, non pas entre médecins et chirurgiens, mais entre les médecins et chirurgiens lettrés, donc Clercs, d'un côté !, et de l'autre les mécaniques illettrés et laïques du milieu médical ????

Force est de constater qu'à la fin du moyen âge ils sont toujours dans l'impasse avec d'un côté des médecins qui ne sont que des théoriciens de la médecine parlant latin et ne touchant pas le sang, et de l'autre des chirurgiens et des Barbiers rustres et illettrès. Cela devait durer fort longtemps !!!


Nota : Lanfranc de Milan né vers 1250 et mort vers 1315, il écrivit deux livres au début du XIV siècle lorsqu'il se trouvait à Venise, le chirurgica parva et le chirurgica magna ( petite et grande chirurgie ). Il semble que pendant un temps Henri de Mondeville fut son élève !


PS : que dire de la Renaissance quand un chirurgien comme Ambroise Paré écrit son Traité de Chirurgie en langue vulgaire et que toute la profession médicale persiste à le traiter de " mécanique " uniquement parce qu'il ne sait pas le Latin ????...M de V

 

vendredi 21 août 2026

L'idéal Courtois de l'élite au moyen âge

La littérature courtoise définit un idéal humain nouveau qui correspond aux tendances de l'élite du monde médiéval à partir de 1150, de cette rude société féodale illustrée par les premières croisades

Il ne convient pas cependant, de voir dans les oeuvres courtoises une représentation historique de la vie aristocratique de la fin du XII et du XIII siècle, pas plus qu'il soit loisible de dessiner un tableau exact des moeurs féodales dans les chansons de geste, les cantilènes ou les légendes et poèmes (voir article précédent ). Les auteurs et écrivains courtois ont créé un univers propre à enchanter l'imagination

L'univers courtois est un domaine aussi riche en possibilités d'aventures que l'univers épique. De prestigieux chevaliers le parcourent aussi passionnés de gloire que les personnages d'épopées. Pour triompher ils doivent exercer d'extraordinaires vertus guerrières

Le merveilleux chrétien est alors remplacé par le merveilleux féerique et l'archange Gabriel par l'enchanteur Merlin, désormais l'idéal qui anime les héros est tout autre. Le chevalier des chansons de geste accomplissant une mission féodale et chrétienne est remplacé par le chevalier courtois agissant pour la Dame qu'il aime !

Nous retrouvons beaucoup ces valeurs dans le monde du JDR ( jeux de rôles ) de l'époque contemporaine ou nous trouvons des reconstituteurs médiévistes et des rôlistes du médiéval fantasy ! 




Le service d'amour de l'idéal courtois est le grand thème de cette littérature. Il n'apparaît ni comme un divertissement ni comme une passion dévorante, c'est un sentiment noble et pur qui confère son prix à la vie en donnant un sens à l'activité humaine

Aussi impose t'il des devoirs. Comme tout vassal doit hommage à son seigneur, tout chevalier courtois doit hommage et soumission à sa Dame ( du latin Domina qui signifie maitresse ). Si l'ami est " Sergent ", la dame est " Suzeraine " l'amour devient un service féodal ! et le parfait chevalier courtois doit obéir en toute occasion au code du savoir aimer !

L'amour vertu est fondé sur l'admiration réciproque, l'ami admire chez la dame, beauté, sagesse et bonnes manières il ne saurait l'aimer si elle ne possède pas ces mérites

La Dame quand à elle ne consent à recevoir l'hommage de l'ami que s'il se montre paré de qualités militaires, mais aussi mondaines. Pour plaire à la société courtoise la valeur guerrière ne suffit plus !!

Le chevalier doit être soigné, de mise élégante, poli, spirituel, brillant causeur et assez instruit pour savoir lire et écrire. S'il sait chanter et danser c'est encore mieux !!





L'amour courtois ne peut donc rapprocher que des personnes bien nées, mais il suscite un élan vers la perfection. Ce qui n'est pas un mal car il faut bien avouer que jusqu'au milieu du XII siècle la plupart des chevaliers étaient pour le moins rustique. Désormais il faut mériter les faveurs de l'aimée, l'amour exigeant certaines vertus et en engendrant d'autres !

L'amour courtois est une passion exigeante et secrète, qui soumet l'homme à de longues et indispensables épreuves. Mais quand l'ami aura prouvé sa bravoure, sa fidélité, sa loyauté, sa discrétion et sa soumission aux caprices de la dame, elle finira par accepter ses hommages

D'ailleurs par respect et humilité l'ami n'exprime en général que des souhaits fort modérés, se contentant de quelques témoignages d'amitié, tel qu'un sourire, ou un accueil aimable  

A partir du XIII siècle, l'amour courtois prend la forme d'une adoration platonique il n'est pas rare dans une maison de trouver un chevalier pratiquant l'amour courtois avec la dame de son Seigneur, devenant même son chevalier servant, sans pour autant que cela dépasse les limites de la bienséance. C'est aussi le moyen pour le seigneur du lieu de s'attacher de façon indéfectible, un guerrier dans sa maison !!








Les oeuvres littéraires suscitées par ce mouvement social de la courtoisie vont exercer une influence, d'abord superficielle, mais continue dans le temps et la vie de tous les jours. Elles offrent en modèles de séduisants héros et plus tard grâce au rayonnement de ces oeuvres, de nouvelles couches sociales seront gagnées à l'élégance, la politesse, la connaissance et la galanterie !

Au XIII siècle les nantis de la Bourgeoisie goûtent fort les oeuvres courtoises et s'affinent à les pratiquer. La vogue des romans mondains va se répandre dans toute l'Europe; et c'est encore elle que raille Cervantès en au XVII siècle lorsqu'il campe la figure burlesque d'un Don Quichotte courtois amant de l'incomparable Dulcinée du Toboso

Nos écrivains courtois ont contribué à établir une conception de l'amour et de la vie de société que nous verrons reparaître à d'autres époques de notre histoire. C'est ainsi qu'au XVII siècle les raffinements dans la noblesse de cour au Louvre, rappellent ceux des anciennes cours provençales du moyen âge.

Les héros du Cid de Pierre Corneille en 1637, par leur manière d'agir, de servir et d'aimer, nous apparaissent comme les descendants, les héritiers des héros courtois de la société médiévale !!

Nota : Par exemple sous Louis XIII, l'Astrée, roman en cinq volumes, d'Honoré d'Urfé, publiés entre 1607 et 1619, réactive directement les codes et les tensions de l'Amour Courtois, en y ajoutant l'esthétisme Baroque de la Renaissance !!! 

PS : de la Renaissance de Henri II et jusqu'à Louis XIII  cette imitation de l'amour courtois pouvait friser le ridicule tant il était exagéré, voir même poussé à l'extrême ...M de


lundi 17 août 2026

N° 510 ) De la Chanson de Geste à la Légende

Les plus anciennes chansons de geste furent composées vers 1100, elles font revivre des événements du VIII siècle ou du IX siècle, mais elles les déforment et les amplifient. Comment est on passé de la réalité historique au poème épique ?. C'est le problème de l'origine des chansons de geste, qui soulève encore des querelles chez les érudits du XX et XXI siècles

Il y a la théorie des " Cantilènes" Pour les romantiques, des chants populaires d'origine collective qui seraient nés spontanement sur les champs de batailles au VIII et IX siècles, dans l'émotion d'une victoire ou d'une défaite. Ils auraient été transmis oralement, réunis puis remaniés par des écrivains trois siècles plus tard, pour constituer les Chansons de Geste. Au milieu du XIX siècles des érudits travaillent à préciser la nature de ces chants primitifs. Un Gaston Paris les définira comme des Cantilènes lyrico-épiques d'origine germanique ?

Puis vient la théorie de la "Légende". La théorie des cantilènes ne reposant sur aucun fondement solide, puisque rien ne subsistait des ces prétendus chants primitifs ?. Un Joseph Bédier va formuler vers 1910, pour la remplacer, une hypothése d'après laquelle des Légendes épiques furent forgées par des Moines dans les Scriptoria et seraient à l'origine de nos chansons de geste ? 








Chaque chanson, suivant sa théorie, pouvant être localisée autour des sanctuaires qui jalonnaient les routes des pèlerinages, telle la route de Saint Jacques de Compostelle ou le souvenir des Héros Carolingiens se serait perpétué dans ces sanctuaires ? 

Puis dans l'exaltation chrétienne des croisades ces chants auraientt été élaborés en légende. Les pèlerins auraient ensuite dispersé, par le bouche à oreille, chaque légende, au hasard des rencontres tout au long de leurs périgrinations de refuges en hôpitaux et de tavernes en auberges ?

Ensuite un ou deux poètes suscités par des moines, dans un pieu dessin de propagande auraient recueillis et mis en oeuvre, ce qui fait que la chanson de geste reposerait sur une tradition légendaire constituée bien après les événements historiques ? 

Dans l'état actuel des choses le problème n'est pas résolu et on doute que la légende épique ait précédé le poème. Dans certains cas il semble même que c'est le poème qui donne au moine l'idée d'utiliser, après coup, la popularité d'un Héros en l'annexant à son sanctuaire ?. Cela ne retire rien à la théorie de J-Bédier qui met en lumière nos chansons de geste conçues par des gens instruits bien après les faits historiques qu'elles illustrent !






Prenons en exemple la Chanson de Roland qui fut sans doute composée vers 1100. le texte du manuscrit d'Oxford écris vers 1170, comprend 4002 vers décasyllabes, coupés après le quatrième pied, groupés en 291 " laisses " ou strophes de longueur inégales et construites chacune sur la même assonance ( figure de style consistant à répéter un même son )

Le fait historique dit que le 15 août 778 l'arrière garde de l'armée du jeune Roy Charles, revenant d'Espagne, est surprise dans les défilés pyrénéens par des montagnards Basques. Quelques chefs sont tués, dont Roland, Comte de la Marche de Bretagne !

Charles était intervenu dans la péninsule Ibérique en faveur de certains princes Sarrasins et s'il avait échoué devant Saragosse il n'en avait pas moins rasé Pampelune, ville chrétienne !

La défaite de Roncevaux fut elle une échauffourée ou au contraire un désastre la question reste posée ?? et l'on ne sait comment interpréter les brèves données des textes latins Carolingiens c'est à dire les annales royales ou  la " vita Caroli " d'Eginhard ?. Passons directement au poème tiré du fait historique ou de la chanson ...allez savoir !!!!







Les événement y revivent mais ils sont transfigurés et l'histoire a été transformée en légende. Le jeune Charles est devenu Empereur " à la Barbe fleurie ", Roland est son neveu, ce dernier a un ami inséparable, Olivier, personnage inventé, les agresseurs ne sont plus les Basques chrétiens, mais des Sarrasins

L'expédition espagnole est devenue une croisade et le combat de Roncevaux résulte d'une trahison, voilà que désormais la chanson de Roland apparaît comme un drame puissamment construit et inspiré par les campagnes françaises menées plus tard, au XI siècle, contre les Musulmans d'Espagne !

Le poète de la chanson de Roland, un certain Turold, est inconnu, mais c'est à coup sûr un Clerc et un artiste accompli. L'oeuvre est fortement composée, tous les épisodes s'enchainent à merveille et le dénouement fixe le sort des héros ou les personnages sont présentés en action avec une grande sobriété

Charlemagne nous est présenté la comme l'élu de la providence, personnage surhumain qui après le massacre de son arrière garde poursuit l'accomplissement de sa mission sainte, il incarne la chrétienté offensée par la trahison de Ganelon, endeuillée par la mort de son neveu Roland !




Nota : nous pouvons aussi faire un passage burlesque au sujet de Durandal la très fameuse épée de Roland que l'on trouve plantée dans la paroi rocheuse de Rocamadour ( voir article ) pour au final, comprendre que cette dernière fut forgée, dans un but commercial au XVII siècle à 18 kilomètres de la cité par un forgeron de Gramat!!! 😂😂

PS: il en ira de même plus tard au bas moyen âge pour la légende de Bertrand Dugesclin ou l'auteur de la célébre chronique, un nommé Cuvelier, fait fit de l'histoire, il n'avait d'ailleurs jamais connu ni même rencontré Bertrand ( voir article )...M de V


mardi 4 août 2026

Les Anglais et l'Eldorado Bordelais

Il faut bien avouer que Bordeaux et la région Bordelaise était passée à la mono-culture, tout était basé sur la vigne et le vin. Jusqu'en 1336 la moyenne annuelle des transports vers Albion est de huit cent vingt sept mille hectolitres, selon les travaux de M K James à propos des exportations bordelaises.... colossal !

Le trafic est donc intense et le chiffre d'affaire global crève tous les plafonds. A Bordeaux plusieurs centaines de grosses Cogghes sont nécessaires deux fois par an pour assurer le transport de près de cent mille tonneaux. Ces flottes énormes demandent une main-d'oeuvre importante, tant pour les chargements que pour leur manoeuvre et leur entretien

La production et l'acheminement du vin jusqu'au port sont aussi tributaires d'une main d'oeuvre hautement spécialisée. dans les campagnes et les Bourgs alentours le peuple entier se consacre au vin et à son commerce

Sur le port on est moins difficile quant à la qualification. Il faut de bons bras avec de bons muscles de préférence et tant pis pour leurs origines, nous savons qu'il suffit d'un mois de séjour dans la ville pour en devenir citoyen




Il existe aussi une loi, du domaine religieux, qui s'adapte miraculeusement aux nécessités portuaires, tout homme accusé de vol ou de meurtre et qui n'a pas été pris en flagrant délit est tout bonnement relaxé s'il peut jurer de son innocence sur le tombeau de Saint Seurin, Le Saint patron de la cité Bordelaise.

Disposition charitable de nos bons ecclésistiques ayant pour effet de remplir le port de la cité de maladrins, venant souvent de fort loin pour se faire absoudre, mais acceptent de travailler dur au chargement pendant plusieurs semaines

D'autant qu'une fois tout le vin embarqué sur les Cogghes angloises ils recoivent leurs payes mais aussi un document, une sorte de passeport, leur permettant d'aller se faire pendre ailleurs, ce qu'ils font le plus souvent en s'enrôlant dans un équpage sur un navire au départ

Nos bons ecclésiastiques ne sont jamais à court d'idées quand il est question de s'en mettre plein l'escarcelle. Ils font aussi dans le commerce du vin. De toute façon il faut bien du pinard pour aider à étudier la théologie, matière ennuyeuse et soporifique à souhait !. Bon je plaisante les gens !!!!....quoi que ????





Tous les éléments d'un formidable essor économique sont réunis, la mécanique est bien rodée et le processus fonctionne à merveille !. Mais voilà rien n'est parfait en ce bas monde et les Français, tel la mouche sur le lait, viennent mettre la pagaille et occupent le Bordelais pendant près de dix ans

Pendant cette période funeste plus de la moitié du vin est jeté dans les rivières, en effet le vin au moyen âge ne se conserve pas. Sans parler des vins du haut pays qui ne se vend qu'au cinquième de sa production

Les très nombreux métiers d'Accastillage et de Vineterie sont au chômage presque total. Cependant cela ne semble pas empêcher les Maîtres de Guildes d'engager de nouveaux apprentis. Ils restent confiants dans l'avenir du commerce avec Albion, tout comme les paysans vignerons qui continuent de planter de la vigne, en même temps qu'ils soignent avec la minutie que l'on sait tout ce qui est déjà en état de produire !

Au lendemain de la restitution de la Guyenne à l'Anglois on assiste dans tous le Duché à un formidable élan populaire et Bourgeois, une sorte de fête à la gloire de la prospérité retrouvée




Cette étonnante activité n'est pas le fait d'un petit groupe mais celle d'une d'une collectivité toute entière. La première conséquence et la plus importante est que l'afflux d'argent qui en découle ne peut être retenu entre les mains de quelques nantis. Petites ou grandes tout le monde a sa part !

Certes les négociants tirent la part du Lion, mais toutes les couches de la population prennent l'argent de cette manne céleste. Pour bien des gens c'est tout à fait nouveau. On voit même des Serfs acquérir de la terre en dehors de leur tenure servile !

En l'espace de quelques saisons la vie change de telle façon que l'on peut parler d'une société nouvelle, un début de société de consommation florissante, celle des Cités Etats Italiennes !

Une avancée formidable quand on sait que si une grande partie de l'Europe est encore au Moyen âge l'Italie est déjà dans la Renaissance et ceci un siècle avant la vieille Europe

Des cités états comme Florence, Pise, Venise ou Gênes sont résolument tournées vers le commerce ou la Bourgeoise tient le haut du pavé !!




Bien entendu cette transformation n'est vraie que pour la Guyenne, fort réduite par rapport à la vielle Aquitaine. Encore faut il retrancher les Landes, la Chalosse et le Labourd. L'expansion économique ne concerne véritablement que cinq cent mille personnes environ, alors qu'avant la grande peste Albion compte environ cinq à six millions d'habitants et la France environ seize millions

Dans le Bordelais proprement dit l'argent coule à flots, les Bourgeois ont en main la corne d'abondance et en réglent le débit. De plus ils ne payent pas " la coutume " sur leur production, exceptée celle dite " de Royan " qui d'ailleurs se perçoit à Bordeaux. Ils sont même exemptés de " l'issac " une taxe qui touche tous les vins entrant en ville afin d'y être négociés

Afin d'êtres sûrs de bien vendre leurs productions, les Bourgeois Négociants accompagnent leurs récoltes ou le fruit de leur négoce jusqu'en Angleterre, la traversée ne les rebutant guère et ou bien souvent ils tiennent boutique sur le quai aux vins de Londres !. L'anglois comme le Francais consomme beaucoup de vin et de bière, l'eau étant fort peu potable dans les cités au moyen âge   




A Bordeaux l'arrivée de la flotte d'Automne, qui suit directement les vendanges est en même temps un événement et un spectacle unique au monde. Partis de Bayonne, PlymouthPortsmouth, Londres et quelques ports Bretons, les convois arrivent à peu près en même temps à l'entrée de l'estuaire

La simple attente de la bonne marée rassemble encore plus de navires. Il faut deux jours avec vent favorable pour remonter la Gironde, pour peu que le vent refuse les Nefs doivent attendre encore, si bien que presque toute la flotte se présente en même temps à l'entrée du port de Bordeaux 

Si le temps est clair et le vent portant, comme c'est souvent le cas en automne à marée montante, on peut voir les voiles gonflées jusqu'à l'horizon. Toute la population est sur les remparts, les tours et les pontons du port

Contrairement au reste de l'Europe la Guyenne offre le spectacle grouillant de gens fort occupés à bien faire pour leur plus grand bénéfice, paysans, bourgeois, ecclésiastiques tiennent comme élément des plus sérieux qui soient : un cépage, un bouquet ou la qualité d'un tonneau ! en bref le pinard c'est obligatoire mordious !!!!


PS : voilà un article qui tombe à pic pour le jour anniversaire de votre serviteur le Nain copiste des Chroniques du Moyen âge, je vous souhaite de bonnes libations braves gens M de