Les plus anciennes chansons de geste furent composées vers 1100, elles font revivre des événements du VIII siècle ou du IX siècle, mais elles les déforment et les amplifient. Comment est on passé de la réalité historique au poème épique ?. C'est le problème de l'origine des chansons de geste, qui soulève encore des querelles chez les érudits du XX et XXI siècles
Il y a la théorie des " Cantilènes" Pour les romantiques, des chants populaires d'origine collective qui seraient nés spontanement sur les champs de batailles au VIII et IX siècles, dans l'émotion d'une victoire ou d'une défaite. Ils auraient été transmis oralement, réunis puis remaniés par des écrivains trois siècles plus tard, pour constituer les Chansons de Geste. Au milieu du XIX siècles des érudits travaillent à préciser la nature de ces chants primitifs. Un Gaston Paris les définira comme des Cantilènes lyrico-épiques d'origine germanique ?
Puis vient la théorie de la "Légende". La théorie des cantilènes ne reposant sur aucun fondement solide, puisque rien ne subsistait des ces prétendus chants primitifs ?. Un Joseph Bédier va formuler vers 1910, pour la remplacer, une hypothése d'après laquelle des Légendes épiques furent forgées par des Moines dans les Scriptoria et seraient à l'origine de nos chansons de geste ?
Chaque chanson, suivant sa théorie, pouvant être localisée autour des sanctuaires qui jalonnaient les routes des pèlerinages, telle la route de Saint Jacques de Compostelle ou le souvenir des Héros Carolingiens se serait perpétué dans ces sanctuaires ?
Puis dans l'exaltation chrétienne des croisades ces chants auraientt été élaborés en légende. Les pèlerins auraient ensuite dispersé, par le bouche à oreille, chaque légende, au hasard des rencontres tout au long de leurs périgrinations de refuges en hôpitaux et de tavernes en auberges ?
Ensuite un ou deux poètes suscités par des moines, dans un pieu dessin de propagande auraient recueillis et mis en oeuvre, ce qui fait que la chanson de geste reposerait sur une tradition légendaire constituée bien après les événements historiques ?
Dans l'état actuel des choses le problème n'est pas résolu et on doute que la légende épique ait précédé le poème. Dans certains cas il semble même que c'est le poème qui donne au moine l'idée d'utiliser, après coup, la popularité d'un Héros en l'annexant à son sanctuaire ?. Cela ne retire rien à la théorie de J-Bédier qui met en lumière nos chansons de geste conçues par des gens instruits bien après les faits historiques qu'elles illustrent !
Prenons en exemple la Chanson de Roland qui fut sans doute composée vers 1100. le texte du manuscrit d'Oxford écris vers 1170, comprend 4002 vers décasyllabes, coupés après le quatrième pied, groupés en 291 " laisses " ou strophes de longueur inégales et construites chacune sur la même assonance ( figure de style consistant à répéter un même son )
Le fait historique dit que le 15 août 778 l'arrière garde de l'armée du jeune Roy Charles, revenant d'Espagne, est surprise dans les défilés pyrénéens par des montagnards Basques. Quelques chefs sont tués, dont Roland, Comte de la Marche de Bretagne !
Charles était intervenu dans la péninsule Ibérique en faveur de certains princes Sarrasins et s'il avait échoué devant Saragosse il n'en avait pas moins rasé Pampelune, ville chrétienne !
La défaite de Roncevaux fut elle une échauffourée ou au contraire un désastre la question reste posée ?? et l'on ne sait comment interpréter les brèves données des textes latins Carolingiens c'est à dire les annales royales ou la " vita Caroli " d'Eginhard ?. Passons directement au poème tiré du fait historique ou de la chanson ...allez savoir !!!!
Les événement y revivent mais ils sont transfigurés et l'histoire a été transformée en légende. Le jeune Charles est devenu Empereur " à la Barbe fleurie ", Roland est son neveu, ce dernier a un ami inséparable, Olivier, personnage inventé, les agresseurs ne sont plus les Basques chrétiens, mais des Sarrasins
L'expédition espagnole est devenue une croisade et le combat de Roncevaux résulte d'une trahison, voilà que désormais la chanson de Roland apparaît comme un drame puissamment construit et inspiré par les campagnes françaises menées plus tard, au XI siècle, contre les Musulmans d'Espagne !
Le poète de la chanson de Roland, un certain Turold, est inconnu, mais c'est à coup sûr un Clerc et un artiste accompli. L'oeuvre est fortement composée, tous les épisodes s'enchainent à merveille et le dénouement fixe le sort des héros ou les personnages sont présentés en action avec une grande sobriété
Charlemagne nous est présenté la comme l'élu de la providence, personnage surhumain qui après le massacre de son arrière garde poursuit l'accomplissement de sa mission sainte, il incarne la chrétienté offensée par la trahison de Ganelon, endeuillée par la mort de son neveu Roland !
Nota : nous pouvons aussi faire un passage burlesque au sujet de Durandal la très fameuse épée de Roland que l'on trouve plantée dans la paroi rocheuse de Rocamadour ( voir article ) pour au final, comprendre que cette dernière fut forgée, dans un but commercial au XVII siècle à 18 kilomètres de la cité par un forgeron de Gramat!!! 😂😂
PS: il en ira de même plus tard au bas moyen âge pour la légende de Bertrand Dugesclin ou l'auteur de la célébre chronique, un nommé Cuvelier, fait fit de l'histoire, il n'avait d'ailleurs jamais connu ni même rencontré Bertrand ( voir article )...M de V





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