C'est dans les réglements des Guildes et autres Corporations de métiers des villes, ainsi que dans le livre des métiers
d'Etienne Boileau, au XIII siècle, que nous avons une vision de l'Artisanat et de l'Artisan au Moyen âge.
Tout ce que nous savons des techniques de fabrication, de l'organisation des ateliers, ainsi que des différentes catégories de travailleurs, de l'apprenti en passant par l'ouvrier pour arriver jusqu'au maître est avant tout Urbaine
L'Artisanat Rural n'a jamais eu de " Métiers Jurés ", c'est à dire de corps de métiers organisés en communautés autonomes dont les membres prêtaient un serment collectif. L'artisanat rural n'a pas laissé de statuts, ses représentants sont rarement assez fortunés ou assez puissants pour laisser derrière eux des archives à la postérité !
Il semble évident qu'ils n'étaient pas assez nombreux pour former une corporation de métier dans un domaine précis au sein d'un village, et si l'on trouve une " rue des Chaudronniers ou une rue des Tisserands " c'est toujours dans une cité, avec la possibilité pour un Maître de Guilde de devenir Edile ou Consul ( en fonction des régions ) et d'accéder au poste de Maire ( celui qui a l'autorité ) dans sa cité !
Il suffit de feuilleter les textes des archives municipales ou départementales historiques du siècle dernier dans votre région pour comprendre que si elles vous permettent de trouver des Moulins, des Fours, des Forges et des Mines
Puis de noter la présence de Tisserands, de travailleurs du cuir, de potiers et de forestiers producteurs de charbon de bois, trouver éventuellement les revenus procurés par des ateliers locaux c'est bien le bout du monde de la recherche
Car connaître et identifier les hommes, leurs alliances et le rôle qu'ils ont dans la conduite des affaires de la petite communauté d'un village de campagne, puis décrire leur vie commune, les situer par rapport à l'agriculteur, le Forestier, le petit aubergiste, le curé et le notaire qui lui réside bien souvent dans la cité la plus proche, reste du domaine de l'impossible
Ecumant moi même les archives de la Dordogne, ainsi que les écrits des historiens régionaux j'empreinte bien souvent des cheminements de l'histoire rurale, me menant fréquemment à des culs de sacs !!....le proverbe se vérifie " cent fois sur le métier remettez vôtre ouvrage " . Voilà bien un domaine, ou, à mon plus grand contentement, l'on ne verra jamais l' IA poindre le bout de son nez !!
De plus les sources ne permettent pas de différencier
l'Artisan du
Paysan Artisan, le travail d'appoint dans les campagnes était omniprésent et tout contribuait à le maintenir. Les petits savoirs manuels étaient aussi un apport non négligeable de gains pour l'homme des campagnes. L'homme des champs par tradition et par besoin est habile de ses mains et compétent dans quantités de travaux manuels
De plus quantité de petits métiers étaient souvent exécutés par les femmes, si elles participaient aux travaux des champs elles étaient aussi habiles dans la préparation des fibres, le filage, le peignage et le rouissage, sans oublier la couture et la fabrication de vêtements courants
Il y avait dans ces campagnes une pénurie importante de Maçons, Charpentiers, Bouchers, Tuiliers. Seuls émergent de la foule rurale quelques spécialistes en petit nombre comme le Forgeron, le Meunier, le Fournier qui dans le four Banal cuisant le pain et plus rarement on trouvait un Couturier, un Tonnelier, un Tailleur, selon les régions !
Il faut bien admettre, au risque de déplaire, que l'Artisan de Village n'existe ou ne pointe son nez qu'à partir du XII siècle voir même plus tardivement dans les régions pauvres. Antérieurement il,n'y a, sauf execption, ni village au sens que l'on donne aujourd'hui, ni artisanat libre !!!
Avant le XII siècle l'Artisanat est domanial, ou chaque exploitation agricole du domaine doit fournir au Seigneur une quantité déterminée de produits façonnés, la liste est longue, piquets, cerceaux, manches d'outils, écheveaux, pièces de draps ou de toile, jarres et petites poteries sans oublier les provisions de bouche etc ...!
A partir de 1200 avec l'accroissement démographique des 3 siècles précédents, on perçois un remaniement de l'habitat, plus groupé, plus stable. Puis une évolution rapide des techniques, implantation d'un réseau de moulins, l'emploi constant et élargi du fer dans l'agriculture
C'est une mutation féodale qui verra apparaître un artisanat libre, la création d'un réseau d'Artisans de villages, mais aussi impliquer deux changements importants !
Le premier c'est que le Seigneur d'un Fief va renoncer aux fournitures ogligatoires qui lui étaient dues et autoriser les Artisans locaux à travailler pour une clientèle. Il semble que cette mesure soit acquise dans la première moitié du XII siècle...il est évident qu'il restera encore longtemps des traces d'artisanat domestique dans certaines seigneuries ou sur certains domaines appartenant aux Ecclésiastiques !
Le second changement va permettre à des Artisans de s'établir non seulement dans les villes et les châteaux, mais également dans des aglomérations purement rurale. Nous rentrons la dans le domaine des hypothèses, car les phases de ce mouvement restent évidemment fort obscures !!
Mais imaginez le phénomène !! l'arrivée et l'installation dans un village d'un Fèvre au milieu des rustres !!. Que ce dernier soit Sochier (fabricant de socs de charrues), Maréchal Ferrand ou Forgeron polyvalent c'était surement un boulversement chez les paysans !!!. Ce mouvement auquel n'échappe aucune région est achevé à la fin du XII siècle
Du XII au XV siècles, les quatre derniers du Moyen âge, auront été mis en place des élément essentiels et durables de la vie de nos campagnes, formant le réseau, ou la toile d'araignée des villages Français !
PS : pour écrire cet article j'ai puisé dans un texte de Marie Thérèse Lorcin, Historienne Médiéviste, que votre copiste le Nain met à votre disposition M de V