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samedi 17 octobre 2026

Figures de Village, le Fèvre, le Fournier et le Meunier

Pour faire suite à l'article précédent, nous trouvons des signes certains de la place prise par ces Artisans, ces Hommes nouveaux des villages du Moyen âge à partir du XII siècle. Une mythologie pointe son nez grâce à des textes composés entre le milieu du XII siècle et le début du XIV siècle 

Il s'agit de fabliaux presque tous d'origine Picarde ou Normande, donc nés dans des régions riches ( voir article précédent ) et par le fait précocement pourvues de forges, de moulins et de fours ! Si l'artisan de village est pratiquement absent de ces monuments que sont le Roman de Renart et de toute l'épopée des Romans Courtois, on peut à profit ajouter aux fabliaux d'autres écrits

Comme le Conte " des Vilains de Verson " écrit près de Caen au début du XIII siècle, mais aussi un certain nombre de proverbes dans divers genres Littéraires, sans oublier quelques passages dans des représentations théatrales que l'on nommait " Miracles " (voir article sur le théâtre médiéval ) écrit au XIII siècle et qui viennent en grossir l'anthologie

Dans tous ces textes de langue " d'Oil " l'artisan y jouit d'une considération évidente. Ils sont maîtres chez eux et savent déjouer les manoeuvres du Prêtre, adversaire classique, grand cocufieur de maris dans les contes à rires de l'époque médiévale





Ils se montrent souvent bien plus rusés que le Curé et parviennent même à lui soutirer de fortes sommes sonnantes et trébuchantes. On ne saurait en dire autant des autres Vilains et marchands de Village mis en scène dans les fabliaux !

Les textes sont plus bavards à propos des trois spécialités les plus en vues. C'est à dire le Forgeron, le Meunier et le Fournier qu'à propos de tous les autres métiers artisanaux

Tout d'abord leurs lieux de travail sont connus pour être des points incontournables de rencontres ou l'on échange informations et ragots " au four et au molin y oyt t'on les novelles "

La forge est en plein village, tout le monde sait ce qu'il s'y passe. Un endroit permettant au Valet de forge ou à l'apprenti de faire une farce, considérée comme un classique du genre, aux dépend des passants : Ils jettaient un fer encore brûlant dans la rue devant la forge, pour que des naïfs s'échaudent les mains en le ramassant, sans avoir pris la précaution de cracher sur le fer, au préalable pour voir " s'il frist " encore ( dans le conte du vilain de Farbu ). C'est peut être une des raisons pour lesquelles on conseille de s'adresser plutôt au Fèvre ( forgeron ) qu'au Fevrel ( valet ou apprenti ) 





Il semble aussi de notoriété publique, pour l'époque, que travailler près du feu donne soif, une vérité connue de tous. On prête donc aux Fèvres et aux Fourniers un penchant prononcé pour la dive amphore !!

Cependant dans les textes anciens on parle très peu du Fournier, les deux héros préférés du village, bon ou mauvais, sont le Forgeron et le Meunier dont ils font dans leurs contes des personnages aussi différents l'un de l'autre que le sont le Feu et l'Eau ! 

Le Forgeron brandissant le feu purificateur est celui qui expulse la corruption hors de la société il est redoutable mais bienfaisant !

Le Meunier lui, commande à l'eau capricieuse ou au vent changeant, il devient un personnage sournois, il devient l'élément par lequel la corruption s'introduit !

Le Forgeron devient dans les contes une sorte de purificateur, pouvoir lui venant de ce qu'il maîtrise le fer et le feu. Quand à partir de la moitié du XII siècle il s'installe au milieu des rustiques de villages, notre forgeron successeur de Vulcain et de Wieland n'a rien perdu de leurs splendeurs surhumaines !!! 

La Magie du feu est toujours présente et elle est au milieu du village !!!





Le Meunier quand à lui ne peut revendiquer des ancêtres aussi prestigieux. Ce personnage si utile au monde rural et agricole apparaît d'emblée entouré de suspicion et ou sont absent tout signe d'estime et de respect

Les contes montrent sans ambiguité ce que les villageois lui reproche !!..Il est menteur, malhonnête, avide de gains et de plaisirs défendus, aussi lubrique qu'un Conil

On trouve dans les fables racontées au coin du feu un Meunier plus qu'à son aise, mais qui ne se satisfait pas de ce qu'il posséde. Il use et abuse des moyens de pression dont il dispose pour escroquer ses clients !

Puis le Moulin, à l'inverse de la Forge, ne se trouve pas dans le village et les habitants ne peuvent donc pas surveiller les agissements du Meunier dont les décisions inexplicables paraissent suspectes.Contes, fables et dictons expriment à la fois l'envie et la rancune à l'égard du Meunier

Dans l'imaginaire médiéval les clients dupés se vengent tantôt sur ses biens, tantôt sur son honneur de d'époux et de père...mais jamais sur le Moulin, infrastructure bien trop utile à la communauté !!!


PS : Pour cet article j'ai puisé dans une étude de Marie Thérèse Lorcin. c'est une suite de l'article sur l'Artisanat rural, comme quoi avec la même farine on ne fait pas toujours le même pain M de V