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lundi 22 décembre 2025

Qui était vraiment Simon de Montfort ????

Ce que nous savons, né en 1175 Simon de Montfort est Seigneur de Montfort l'Amaury de 1188 à 1218, il deviendra Comte de Leicester en 1204, puis lors de la croisade contre les Albigeois sera nommé Vicomte d'Albi, de Béziers et de Carcassonne de 1213 jusqu'à sa mort en 1218

Cette figure de la croisade deviendra Comte de Toulouse en 1215; il eut pour épouse Alix de Montmorency en 1190 voila ce que tout le monde sait, mais qui était il vraiment ????. Quel était cet homme auquel la Papauté, par l'intermédiaire de ses Légats, avait confié la défense de l'église dans le Sud de la France ????

Comme bien souvent quand on creuse le Moyen âge, à nos questions posées, peu de réponses, mais d'autres questions à foison !!!. Les jugements portés sur lui par les historiens de son temps varient selon leurs convictions personnelles et la fiabilité des informations qui leurs furent transmises 

Il est évident que les Chroniqueurs de l'époque n'étaient pas au coeur de l'action. Tout fonctionnait par le bouche à oreilles ou l'écriture pour certains érudits comme les moines . C'est bien ce qu'est Pierre des Vaux de Cernay, un moine Cistercien qui écrivit l'histoire de l'hérésie des Albigeois et de la sainte guerre entreprise contre eux !!!




Ce moine nous dépeint Montfort comme le héros sans peur et sans reproche vous me direz que c'est normal en tant qu'homme d'église il ne peut que soutenir l'homme désigné par la Papauté !. il n'en va pas de même pour le continuateur de la chronique de Guillaume de Tolède qui le décrit comme un tyran féroce et sanguinaire, puis Guillaume de Puy-Laurens loue la conduite de Simon au début de la croisade pour l'accuser ensuite d'être plein d'ambition et d'une rapacité sans égale ??

Ce qui frappe surtout, quand on lit l'histoire des campagnes qu'il mena pendant près de dix ans c'est sa facilté de déplacement il semble avoir la faculté de se trouver partout en même temps. Ajoutez l'extrême rapidité de ses décisions, l'audace calculée de ses attaques !....Y a pas à dire ce soldat paye de sa personne, cela semble presque au-delà du raisonnable pour l'époque ??

Les historiens parlent de ses moeurs austères et de sa grande piété. Piété intéressée ???, si l'on veut, puisqu'il doit tout à l'église et n'attend du secours que d'elle. Piété sincère ???, car cet homme est assez redouté pour n'avoir nul besoin d'une piété factice !. Il se considère en toute bonne foi comme le soldat du christ, au point que lors de ses revers il accuse Dieu d'ingratitude ou de négligence




En 1210 après la prise de la ville de Bram, appartenant au Comté de Toulouse, ayant résisté trois jours à Simon de Montfort. Celui-ci va faire saisir la garnison (plus de cent hommes), leur fait arracher les yeux, couper le nez et la lèvre supérieure !...un seul gardera un oeil et Simon le charge de conduire ses compagnons à Cabaret afin de semer la terreur parmi les défenseurs de ce château

On peut avancer la théorie qu'un occupant étranger était toujours numériquement plus faible et qu'il est tenu d'user de représailles féroces pour se faire respecter ??? la vie était dure à cette époque et les hommes ne l'étaient pas moins !

Cependant ce n'est pas Simon de Montfort qui a inventé les lois de la guerre, les mutilations de prisonniers était un moyen sûr d'épouvanter l'adversaire. Les morts ne bougent pas et sont très vite oubliés, alors la vue d'hommes aux yeux arrachés et aux nez coupés peut glacer de peur

Notons que ces pratiques étaient utilisées dans toutes les armées et l'on coupait aussi bien les pieds, les mains et les oreilles le plus souvent sur des roturiers, . Lors de cette guerre pour la foi des chevaliers furent écorchés vifs ou coupés en morceaux, la foi rendait ces cruautés légitimes, mais ne jetons pas la pierre sur nos anciens, car qu'en serait il de nous si la menace de l'arme nucléaire n'existait pas hein ????




Etant donné ses indiscutables qualités de chef et l'admiration que sa bravoure inspirait même à ses pires ennemis, il eût peut être pu trouver un moyen de se faire haïr moins qu'il ne l'a fait. Simon ne pouvait se permettre d'être large en dons, il manquait d'argent. Il eût pu du moins être courtois avec ses nouveaux vassaux-peu commode il manquait de patience

Quand il essayera de faire le législateur, il tentera par les statuts de Pamiers d'implanter en Languedoc les lois et coutumes de France, sans peser ce que la chose avait de vexant pour un peuple attaché à ses traditions, ses coutumes. On peut faire la guerre sans traiter les adversaires en peuple colonisé. Faut il le rappeler, nous parlons ici du Sud de la France mais à cette époque ce n'était pas la France  !!! 

C'est la Papauté qui lance une armée contre le sud et l'on constate qu'ils ne vont pas mettre le moindre sabot de cheval en Aquitaine possession Anglaise !!. Dans les combats qu'il mène pour la foi Simon présidera à trois grandes exécutions de Parfaits (ascète cathare). Si par ses victoires il a rendu les bûchers possibles, la véritable responsabilité des autodafés d'hérétiques incombe aux Légats du Pape !

Pillages, massacres, incendies, destruction des récoltes, des vignes et du bétail, ces tactiques vieilles comme le monde furent appliquées par Simon de Montfort à une vaste échelle




Simon de Montfort semble n'avoir réussi à se maintenir dans le Languedoc si longtemps que pour causer de plus grands ravages détruisant complétement la vie économique du pays en suivant aveuglément son Maître de Rome !!

Il semble que le crime principal de Simon fut d'avoir été un trop bon soldat et de n'avoir été que cela !! en tant que chef de guerre il a dépassé toutes les espérances de Rome

Le 25 juin 1218 tandis qu'il faisait le siège de Toulouse avec son armée Simon est mortellement touché par un grosse pierre projetée du haut des murailles. Si son trépas est ressenti comme une victoire par les méridionaux elle sera de courte durée et n'empêchera pas la complète soumission de cette région au roi de France dix ans plus tard !! 


PS : les religions sont à l'origine de bien des guerres et celles ci ne sont jamais propres, sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, certains de nos contemporains prônent encore des idées religieuses pour le moins retrogrades et belliqueuses j'dis ça j'dis rien hein....M de V



mercredi 17 décembre 2025

Boulazac une Paroisse, un Village et un Fief en Périgord au moyen âge

En introduction ouvrons une porte et permettez moi une digression, car comme je le dis toujours, le moyen âge est une cathédrale dont le sol est pavé d'hypothèses plausibles ! Boulazac comme tant de communes dérive sans doute d'un grand domaine du Bas Empire Romain, un endroit ou la pioche découvre encore sans peine des fragments de marbre et des restes d'enduits recouverts de peinture à fresques

Boulazac vient de naître sous le nom d'un riche propriétaire, pourquoi ne se nommerait il pas Bullatius ? qui donne Bullatiacum, Bolazacum puis Boulazac. Le domaine va égrèner ses manses (habitation rurale) sur les coteaux là ou s'élèvent aujourd'hui les hameaux. Nous sommes vers 275 et pendant que l'on retire les meilleurs légions des frontières de l'empire, les hordes Alamanes, dans une chevauchée foudroyante, ravagent les provinces découvertes depuis le Rhin jusqu'en Aquitaine et Boulazac va subir sa première et terrifiante invasion !! 

Cette petite concentration d'humains dans leurs manses va grandir sous l'aile protectrice de Périgueux (voir article) la cité fortifiée avec ses trente tours sur son mur d'enceinte, la tutelle ne sera pas facile à vivre et la main qui dirige sera souvent bien lourde !. Passons donc en revue, en décortiquant la chronique de Boulazac, la population de cette bourgade les Bourgeois, les Damoiseaux et les paysans !




La noblesse à Boulazac, ne repose pas sur la concession d'un Fief de Chevalier et l'on n'y compte aucune Seigneurie titrée. Le voisinage de la puissante enceinte de Périgueux avec ses tours a rendu superflue la construction d'un Château fort destiné à servir de refuge aux paysans menacés par les Normands

D'autre part, Périgueux possède très tôt une milice suffisante pour limiter les conflits entre voisinage et lignages dont le plat pays ne souffrira qu'aasez peu

Sous les derniers Capétiens directs une grande prospérité règne sur le royaume que Jehan Froissart qualifie de " gras et dru ". Par le fait de nombreux Bourgeois enrichis par le négoce deviennent propriétaires en banlieue, ce sont gens avisés et âpres aux gains,

Exemple: en 1328, le Consul ( membre du conseil des villes sous l'autorité d'un Maire ) Rampnaulf possède une fort jolie terrasse dominant Boulazac, la vue est si plaisante que notre homme y fait bâtir une solide maison à laquelle va s'attacher le nom patronymique, la propriété de Rampnaulf devient de Rampnolf, puis de Ranolf, ensuite de Renolf  pour finir par la Renolphie ! 




La paroisse de Boulazac est administrée par son Seigneur, c'est à dire le Consulat de Périgueux et son juge. pour ce qui est du domaine religieux c'est géré par l'assemblée des habitants convoqués à l'église par le Curé et formant le conseil paroissial ( le général de la paroisse ). Celui-ci doit élire ou tirer au sort les Asséieurs, deux charges redoutées pour la collecte des Tailles ( voir article )

Parmi les anciens impôts un des plus lours et le " commun de la paix " établi pour l'entretien des troupes destinées à faire respecter la Trêve de Dieu. Il se levait chaque année, entre le 15 Août et le 8 Septembre de la façon suivante : Par habitant Mâle et adulte 12 deniers, pour son cheval 6 Deniers, pour un Boeuf, une vache ou un âne 6 Deniers, pour un Porc 1 Denier et pour chaque lot de 4 Moutons ou Chèvres 1 Denier

En 1339 la paroisse de Boulazac est imposée pour 4 Livres Tounois, 3 Sols et 9 Deniers en monnaie Royale ...ce qui donne avec mon convertisseur de monnaie 587,02 Euros !!!

Pour le pauvre Serf attaché à sa tenure Mainmortable ( voir article ), sauf in legs de 5 Sols pour le salut de son âme, il est Taillable et corvéable à merci, il sont les successeurs des esclaves chasés de l'époque Franque et ils mèneront une vie pitoyable au cours du Haut moyen âge




Mais au XIII siècle la multiplication des exploitations rurales entraine une grosse demande de main-d'oeuvre et provoque des affranchissements massifs. Déjà au XI siècle le départ pour les croisades avait poussé les Seigneurs Périgourdins à multiplier les affranchissements pour financer leurs expéditions

Désormais la Censive ( Terre concédée moyennant un Cens Annuel payé au Seigneur ) est la Tenure normale dans la condition des Terres. En dehors des Tailles municipales et des redevances, le Seigneur exige encore de ses tenanciers le Droit de Gîte de Prise et de Pourvoirie ( voir article ), ainsi que les Banalités  du Moulin, du Four et du Pressoir sans oublier la Dîme prélevée par l'Eglise ...le Roturier médiéval est écrasé d'impôts

Puis nous avons les Corvées Domaniales leur exécution se heurte à une mauvaise volonté de la part des paysans rebutés, hostiles et naturellement chicaneurs. Aussi à Boulazac ces corvées sont abandonnées et rachetées sous formes de taxes. Mais il n'en va pas de même pour la Corvée d'Intérêt Public que le Consulat de Périgueux exige de façon rigoureuse, sans aucune possibilité de rachat. Tout le monde participe à l'entretien des chemins, des fortifications citadines et des défenses extérieures sous peine de sanctions les plus sévères !




Parmi les privilèges attachés à Périgueux figure la dispense du Ban et de l'arrière-Ban (voir article ). Mais chacun doit le service militaire aux Consuls donc Boulazac aussi, les Vilains installés sur leurs terres ne servent qu'à titre subsidiaire pour le service du Guet

Toute la police locale est confiée aux 14 Sergents de Périgueux, volontiers brutaux ils molestent souvent les paysans de Boulazac qui jamais ne se permettront de les malmener à la différence de certaines femmes de Puy Saint Front. En 1328 Raymonde Chastanh est condamnée à 20 sols d'amende pour avoir battu un sergent et l'année suivante les dits sergents se plaignent de femmes qui les frappent jusqu'à effusion de sang 

L'habitation paysanne de Boulazac se présente dans une saisissante pauvreté. Comme les carrières abondent au pays elle est faite de murs trapus en pierres sèches adroitement assemblées et couvertes de tuiles du pontet, plus misérables encore, mais plus rares, les chaumières en torchis sur une charpente grossière

Maisons à pièce unique remplissant tous les offices, même celui de cellier elle communique avec l'étable placée sous le même toit




L'année s'écoule morne, au rythme des saisons dont la plus accueillante reste sans joie puisqu'ils faut consentir toujours un accablant tribut de travaux pénibles et de corvées

La grande distraction, la seule, c'est le marché de Périgueux, la grande foire de la mi-carême et surtout celles de la Saint Mémoire et de la Saint Front qui durent chacune 15 jours sans désemparer. Comme ces deux dernières sont aussi des Pélerinages ( voir article ) elles attirent des foules immenses au tour de la châsse du Saint Apôtre

Tout ce que Boulazac peur compter comme gens valides se ruent vers la Clautre et le Cordec ou les marchands ont installé leurs éventaires, tandis que les boutiquiers ouvrent leurs étals . Les femmes vont marchander les hommes trainent dans les tavernes pour ensuite échauffés par de multiples pots de vin se diriger clandestinement vers le quartier des ribaudes tellement malfamé que le guet y circule sans arrêt !!

PS : cet article est tiré des Chroniques de Boulazac transcrites par Jean Dumas et Michel Combet aux archives de Périgueux... mais faut bien avouer qu'il n'y a aucune différence entre un Bourgeois et un Noble quand ils détiennent un Fief ....à bientôt M de V


mercredi 9 juillet 2025

Les Conards de Rouen XV siècle

Loin de moi l'idée d'insulter les citadins de cette bonne ville Ducale de Normandie, d'autant que je suis natif de cette cité et mes enfants aussi. Les Conards sont des bouffons ou " Badins " de Rouen qui s'étaient associés pour jouer tous les ans, pendant la durée du Carnaval (voir article), les " faits vicieux " dans le but de réformer les moeurs des gens de la cité par le ridicule !

Ils avaient le privilège, reconduit tous les ans par le parlement, de se masquer aux jours gras et d'octroyer à d'autres, moyennant finances, la permission de se masquer aussi. De très anciens poêtes emploient dans leurs textes le terme de Conard pour " sot " et de Conardie pour " sottise "

Nous voyons donc à Rouen au Moyen âge, pendnat les jours gras, les conards chevaucher masqués es rues et ruelles de la cité, ayant à leur tête un Abbé des Conards élu, mitré et crossé, monté sur un char

Ils jetaient à tous venant des rébus, des satyres et autres pasquils. A notre époque vous souririez de pitié devant ce spectacle bizarre, vous en feriez fi à votre aise en comparaison de toutes les libertés, bonnes ou mauvaises, que vous offre les réseaux sociaux, cet Argus aux cent yeux épiant sans cesse les grands de ce monde !





Mais il n'en allait pas de même au Moyen âge, de livres ils n'en eurent que sur le tard et en petit nombre, des théâtres ils n'en eurent que fort peu, quand aux gazettes l'idée n'aurait pu, à cette époque, leur venir à l'esprit !

Est-à dire que dans leur temps il n'y avait pas d'abus et qu'il ne se faisoit point de sottises et que les puissants estoient sans contrôle ?, loin s'en faut !, mais je vous rassure nous faisons bien pire qu'eux dans notre époque dite moderne.Qui donc alors dans cette période, taxée d'obscurantisme, signalait les abus, qui réclamait contre les vexations, la mauvaise justice, le mauvais gouvernement, les sottises et les frasques des dirigeants et des nantis ?

Qui sinon ces Badins, ces Turlupins, nommés aussi les enfants sans souci, dirigés par cet Abbé de Mau-Gouverne à Poitiers, cette Mère Folle à Dijon, et cet Abbé des Conards à Rouen qui vous faisait pitié tout à l'heure !

La vérité se trouvait derrière toutes leurs bouffonneries et elle était étalée à la cour comme à la ville, malheur à ceux qui pris dans leurs filets se trouvaient exposés avec leurs vices cachés !!!!






Quoi que l'on fit pour la bannir tous les ans la confrèrie était la, toujours prête autant que jamais à faire entendre de sages avis, d'utiles enseignements, d'énergiques doléances le plus souvent sous forme de railleries sur les places, dans les rues et les carrefours

Cette vérité qui serait éconduite sous un habit sérieux, aux portes des dirigeants, était fort bien reçue sous la livrée de la folie. Cela n'allait pas sans sourires forcés, mines contrites et faux repentir je vous le concéde !

Or donc tous les ans aux approches du Carnaval la vérité apparaissait, portée par la confrérie des Conards, aux portes de la cité qu'elle voyait s'ouvrir devant elle. Alors d'énergiques plaintes longtemps retenues étaient reprochées, des outrages longtemps dissimulés apparaissaient provoquant d'inextinguibles rires trop lomgtemps réprimés !

Par le sarcasme et la dérision la vérité faisait jour le temps d'un carnaval (environ trois jours) le règne des Conards était venu. Règne ardemment désiré par le peuple et craint par les autres. Le Oui fatal accordé par le parlement et qui autorisait chaque année à la turbulente confrèrie le droit de juger était redouté





Personne n'était épargné fut il même membre de ce parlement ou de la cour des Aides, qu'il soit Echevin, gras bourgeois, gentils-homme, avocat, prcureur ou médecin, moine ou prêtre tous le monde pouvait se retrouver sur la sellette sans distinction de rang, de sexe, de fortune ou de naissance, tous pouvaient avoir maille à partir avec les Conards

Que pouvait ignorer des vicissitudes de la cité l'Abbé Mitré des conards, alors que ses infatiguables enquêteurs furetaient à longueur de temps dans la ville et ses faubourgs, s'informant soigneusement des faits et des prouesses de chacun !

De sorte que lorsqu'ils faisaient leurs rapports à l'abbé et à ses aides réunis en conclave la moisson était toujours croustillante !!!

Après avoir statué suivait le jugement ou les conards se rendaient en ville, par groupes, s'arrêtant devant les maisons des coupables, ridiculisant une sottise, flétrissant un vice, censurait un abus et percevaient une amende.....croyez moi, il valait mieux payer sans rechigner !!!!




PS: il serait peut-être bénéfique de remettre au goût du jour cette vieille coutume qu'en pensez vous ?? perso je crois que chaque année nous pourrions nous payer une belle tranche de rire M de

vendredi 30 mai 2025

La Finlande au Moyen âge

L
a Finlande est formé par une vaste étendue de pays relativement plat, une pénéplaine qui présente le trait caractéristique d'être parsemée par une infinité de formations lacustres, séparées les unes des autres par des seuils plus ou moins élevés, depuis des Isthmes hauts de seulement quelques mètres jusqu'à des Crêtes (en finnois Harju) de plusieurs dizaines de mètres qui feraient, sur ces terres, presque figure de relief montagneux

Le poète Runeberg a appelé la Finlande le pays aux mille lacs, l'hyperbole est en deça de la réalité puisque le pays recense plus de 35 000 lacs de tailles et de profondeurs différentes. La tradition veut que l'histoire de la Finlande commence en 1157 ( XII siècle ) avec la croisade organisée par le Roy de Suède Erik ( saint Erik, il meurt en 1160 )

Cette expédition aurait été marquée par un débarquement de troupes suédoises en Finlande, avec comme but d'en finir avec le paganisme, mais plus surement pour mettre fin aux raids des pirates ( vikings ) partis des côtes de Finlande pour ravager le littoral Suédois !. C'est seulement en 1249 ( XIII siècle ) que débutent les opérations de conquête de la Finlande, dirigées par le Jarl Birger, beau-frère du Roy Erik IX de Suède !







C'est progressivement, mais non sans à-coups, que la Suède allait dès lors s'installer sur la terre de Finlande. L'église allait jouer dans ce processus un rôle essentiel. Ecclésiastiquement, la Finlande était soumise à un évèque résidant à Turku, devenu siège épiscopal à partir de 1300 ( XIV siècle ). L'église commença par assurer son assiette matérielle en introduisant la Dîme et différentes autres redevances

En dépit du développement remarquable des institution religieuses, dans ce vaste pays à population disséminée qui ne comptait guère plus de 200 000 âmes le christianisme ne parvenait pas, au moyen âge, à pénétrer profondement au sein des populations, sorciers et sorcières continuaient à pratiquer le culte ancestral !

Dans un ouvrage du XX siècle que j'ai découvert depuis peu " Les Anciens Finnois "  il est noté ce qu'était la société Finnoise à la veille de la conquète Suèdoise. Il y avait une sorte d'élite qui assumait la direction des Clans et des groupes d'intérêts qui s'étaient développés tout au long de la période dites " Vikings ". C'est cette élite qui a pu fournir les premiers éléments indigènes de ce que fut la noblesse de Finlande, dont le statut fut défini par l'édit royal d'Alsnö (1279)









L
e roi Magnus Ladulas y stipulait les franchises dont jouiraient les propriétaires fonciers qui s'engageraient à servir dans la cavalerie, en fournissant leur cheval, les armes et protections pour eux mêmes et leurs Varlets

Ces franchises consistaient essentiellement en une exemption totale d'impôts. Elles ne subsistaient qu'aussi longtemps que le bénéficiaire tenait les engagements qu'il avait contractés envers le roi. De plus il était obligé de se maintenir en permanence à un bon niveau de préparation militaire, puis de se rendre chaque année à la revue des armes qui avait lieu à Turku, et de rester en permanence à la disposition des chefs militaires désignés par le roi. Ainsi se constitua une classe de " privilégiés " (Vapaasääty) sous la forme d'une noblesse terrienne

Cette situation va évoluer et une différenciation s'opéra. Les plus fortunés purent seuls supporter les dépenses liées à l'équipement et aux fournitures très coûteuses de l'armement d'un cavalier, puis des nobles venus de l'étranger vont se mêler aux gens du cru, de suède, du brabant, de russie, du danemark etc...

Par une sorte de décantation deux couches se distinguèrent, les nobles de haut parage (Ylimys) ou aristocrates et la petite noblesse, le tout n'excédant pas 200 familles ou les éléménts suédois dominaient, la noblesse de Finlande, dans son ensemble, était bien moins riche que celle de Suède 










La Bourgeoisie des villes formait une classe à part. Son développement a été plus tardif car les villes n'ont été fondées que peu à peu, surgissant souvent sur l'emplacement d'anciens comptoirs ou d'anciennes forteresses vikings. Les villes étaient administrées par des Bourgmestres assistés d'un conseil municipal d'une dizaine de membres

Leur population était mélangée. On y trouvait beaucoup d'étrangers et principalement des Allemands originaires des villes hanséatiques ( voir article ) presque toutes les grandes firmes de la Ligue Hanséatique entretenaient des agents commerciaux, des Kesti (hôtes)

Ces Kesti étaient souvent admis à participer à l'administration municipale, formant même parfois la moitié du conseil municipal !. Les villes vivaient essentiellement du commerce d'importation-exportation. Leur négoce était protégé par des réglementations sévères de la Ligue

Cependant nos Bourgeois n'auront pas une grande importance dans le développement de la société finlandaise du Moyen Age, pour la bonne et simple raison qu'ils étaient en majeure partie étrangers et que les statuts dont ils jouissaient vont les tenir à l'écart des autres classes sociales 








Pour les ruraux, tout en sachant que le reste de la Finlande était peu peuplée, trois sortes d'établissements sont à considérer. Les villages ou aglomération rurales, les hameaux isolés et les fermes dispersées. Nous parlons la de la Paysannerie, formant au bas mot 90% de la population finlandaise au Moyen âge 

Deux sortes de paysanneries est à considérer les sédentaires et les itinérants
Les itinérants pratiquaient l'usage antique de l'écobuage. Des étendues plus ou moins grandes de bois étaient brulées pour être ensemencées, quand les brulis étaient épuisés, nos cultivateurs allaient transporter leurs installations plus loin et recommencaient, laissant la forêt se reformer et se fermer derrière eux

Nos itinérants échappaient aisément au contrôle de l'administration royale, de l'autorité locale, féodale ou ecclésiastique. Ce qui n'était pas le cas des paysans sédentaires attachés à leurs lopins de terre. Ces derniers étaient exposés davantage aux entreprises du pouvoir royal, comme aux exactions diverses des seigneurs locaux. Du moins ont ils gardés leur liberté et échappés au servage, nous ne pouvons en dire autant en France !!!!






PS: nous voila observateurs étrangers d'un petit bout d'histoire de la Finlande M de

mardi 13 mai 2025

N° 490 ) Rouen Capitale Ducale

Après la mort de Charlemagne, l'audace des Vikings (Pirates pratiquants la course en mer) s'accroit rapidement. Leurs navires prennent l'habitude de remonter la Seine et d'en piller ses rives

A plusieurs reprises des bandes de pirates nordiques occupent Rouen sans rencontrer de grande résistance car si la ville était bien protégée du côté des terres par une robuste muraille romaine elle ne devait avoir d'autre protection, côté fleuve, qu'une pauvre pallissade de pieux de bois

Citons dans l'ordre Oscher le Danois en 841, puis le redoutable Ragnar Lodbrog ou Lodbrok en 850 et 851 (personnage bien connu des cinéphiles depuis la saga du personnage sur grand écran) qui va saccager la cité

Un essai de résistance de la population sera, en 859, réprimé, pour ne pas dire pitoyablement écrasé. Une première apparition de Rolf ( Rollon ) a lieu en 876, puis en 885 c'est pire encore !!...plusieurs centaines de navires de tous types mouillent devant Rouen. Mais de Louvain des bandes armées et à pieds accourent en renfort bloquant la cité des deux côtés, cette fois encore tout sera saccagé et incendié. Qui est donc ce Rolf ??? décortiquons un peu le bonhomme !!!








L' homme qui rôde autour de la proie Neustrienne, qui pousse sans cesse ses navires vers l'amont, apparaissant et disparaissant avec la rapidité et la cruauté d'un oiseau de proie sera, cependant, celui qui va créer le Duché de Normandie !

Bon d'accord ! pour l'instant, la grâce civilisatrice ne l'a pas encore touché, bref un gros bourrin rustique. Il est encore le fils déchainé de Thor, le dieu brutal, et s'identifie avec les tempêtes qui mènent les proues de ses navires 

Le bonhomme a prit la Neustrie dans ses grosses paluches, puis l'a posée sans ménagement sur son enclume et va sans autre forme de procès lui forger de nouveaux destins. Bref quand t'es vaincu il n'y a d'autre choix que de courber l'échine et de la boucler ! 

Ce Roi des mers auquel la destinée avait réservé la gloire de créer le Duché Normand était appelé par ses compagnons d'armes Gaungu- Hrolf ...soit Rolf le Marcheur 

D'après le Flateyjarbok Islandais, ses ancêtres venus de Finlande, habitaient la Norvège depuis 4 ou 5 siècles, fondant une puissante dynastie de Jarls









Roegnwald
le père de Rolf avait reçu du roi Harald les Comtés de Moeré et de Raumsdalen. Plus tard, en 872, prenant part à la bataille navale du Halsfjord il devait recevoir, à l'occasion de la mort de son fils aîné Svar aux Orcades, le comté formé par cet archipel et les Shetlands

Mais Rolf lui était un aventurier, un briseur de boucliers qui semait le bazar dans le royaume de Harald, se livrant même à la course dans le Vik (lac d'Oslo)....Bon n'hésitons pas c'était un emmerdeur hein !!!

Harald va le bannir, le monarque ne plaisantait pas avec les fantaisies Vikings (pirates) sur ses terres. Ce fut en vain que sa mère Hilda présenta requêtes en faveur de son fils....dehors le mangeur de charrette ferée  !!

Rolf chercha d'abord un asile dans l'île de Skye, voisine de l'Ecosse, puis attiré comme beaucoup de ses compatriotes par le climat plus doux du sud , il prend part aux courses vikings de plus en plus audacieuses sur nos côtes. C'est vraisemblablement en 876 que ce Jarl Norois aperçu pour la première fois les rivages de son futur Duché 








Vers 905 notre gros bourrin Normand (Normani en francique voulait dire Homme du Nord), s'installe définitivement à Rouen tout en continuant pendant plusieurs années à ravager par ses expéditions les territoires de l'empire franc....Bin oui voyons !!!...pourquoi s'arrêter en si bon chemin m'enfin !!! 

Un revers ayant odeur d'échec sous les murs de Chartres rendra t'il plus traitable ou du moins plus sage Rolf ? rien n'est moins sûr....Ou est ce que le Roy Charles le Simple, désespéré, en avait il ras le joufflu de cet assaillant jamais lassé ???? 

toujours est il que le monarque va se résigner à céder une partie de ses Etats pour mieux protéger le reste. Ce qui nous améne au Traité de Saint-Clair-sur-Epte

Le Roy accordait au Norvégien un territoire englobant les diocèses de Rouen, d'Evreux et de Lisieux. Ceux de Sées, de Bayeux, de Coutances et d'Avranches allaient, au cours des années suivantes, arrondir le magnifique domaine du Viking achevant de constituer la Normandie. Passez moi l'expression.... mais voilà, pour un Pirate Norvégien, un homme qui ne perdait pas le nord !!!!!









L
'archevêque de Rouen allait servir d'intermédiaire entre Rolf - Rollon et Charles le Simple, cet Achevêque était il Francon, comme le disent les chroniqueurs médiévaux, ou son prédécesseur Witton ?, peu importe le prélat rouennais en amenant au baptême Rollon et ses hommes allait les faire entrer dans la communauté chrétienne et latine 

Le baptême de l'ancien roi des mers eut lieu à Rouen au début de l'an 912. Bien que le Norvégien à l'occasion de cette cérémonie ait fait de grandes largesses aux églises j'ai du mal à croire que Rollon et ses hommes aient adhérés d'un coup à la foi chrétienne sans garder de l'attachement pour les dieux de ses ancêtres ???....Bref su tu m'appelle Jambon ! j'vais t'en refiler une tranche hein !!

Toujours est il que la doctrine, avec le temps, finira par s'imposer dans sa famille et chez ses compagnons. Puis son fils Guillaume Longue épée sera un vrai croyant, une sorte de moine dans ce monde et acquérir un renom de quasi-sainteté ! 






 PS: voilà comment un gros bourrin Normand devient Duc en donnant force torgnoles et coups de pieds de par le cul !!!....M de V

samedi 10 mai 2025

Les Jardins Vivriers Urbains au Bas Moyen Age

A différentes époques du M-A, le jardin est également sur divers niveaux dans les villes, cités, Bourgs et faubourgs. On pouvait même rencontrer des jardins Vivriers ( destinés à l'alimentation ) au coeur même de la ville, appartenant généralement à des établissements ecclésiastiques ou à des personnes aisées 

Le jardin qui jouxte la maison est ordinairement à l'arrière de celle-ci. Cette situation permet à l'occupant d'accéder de la rue à sa maison et de la, à son jardin à l'arrière, la fonction résidencielle primant avant tout

Le jardin étant terre de culture on peut avancer que ce dernier nécessite des soins journaliers. Ainsi pour des raisons de commodité le jardin trouve sa place tout naturellement jouxtant la maison

De plus dans le cas d'un Artisan ou d'un petit commerçant l'étal de vente se trouve devant donnant une vue sur le magasin ou l'atelier ( voir article les petits métiers de la rue ). Afin d'expliquer la présence de jardins à l'intérieur des villes il convient de parler de leurs propriétaires car bien sûr tout le monde ne possède pas un jardin vivrier es rues de la cité !! 





On remarque que le jardin à l'intérieur de la commune cloture est très souvent un signe de richesses. Les propriétaires sont en effet des personnes d'une certaine catégorie sociale, famille aristocratique, établissement religieux et familles de grande Bourgeoisie 

Les Bourgeois on toujours passé pour aimer beaucoup les jardins, écrit G Riat  avec raison dans son " Art des jardins ". C'est au XII et XIII siècles que la Bourgeoisie prend son essor!

Sans doute a-t-elle contribué à l'existance des jardins à l'intérieur des murs. Pour une ville comme Reims on constate que pour la riche paroisse de Saint Jacques, la grande majorité des jardins étaient couplés avec des maisons

Peut on y voir un lien entre le couple Maison-Jardin et l'aisance des propriétaires en milieu urbain ?....En excluant les ecclésiastiques (chaque maison religieuse ayant son jardin ) il semble que pour l'aristocratie et la haute bourgeoise ce soit le cas ????

Je rappelle que pour moi le Moyen âge est une cathédrale dont les piliers soutiennent 1000 ans d'histoire et dont le sol est pavé d'hypothèses plausibles ( j'avance la ma vision de copiste )






En tout cas dans un contexte de forte urbanisation, lorsque les enceintes s'agrandissent, les petits jardins des petits Artisans ou des simples Marchands qui avaient proliférés sans contrainte auront une durée limitée dans le temps et vont tendre à disparaître au Bas Moyen âge !

Car les populations gagnent du terrain à la fin du M-A surtout à partir de la guerre de cent ans, ou les gens en masse cherchent à habiter à l'abri des fortifications d'une cité !!!. Or donc on peut avancer que l'existence et l'entretien de jardins urbains sont liés au pouvoir financier de son propriétaire tout autant qu'à un état démographique 

De par leurs petite superficie les jardins dit " Vivriers " intra-muros ne peuvent subvenir aux besoins alimentaires de toute une population urbaine. Ainsi très couramment il existe autour des villes, qu'elles soient grandes ou petites, ce que G-Duby a appelé " une auréole de jardinage " 

Plus on s'éloigne des murs, plus vite apparaissent les cultures et jardins. Le paysage type de la banlieue d'une agglomération se composait shématiquement ainsi :






Les habitations de Faubourgs, les jardins qui les entourent, les clos de vignes, et les différentes autres cultures des paysans à proximité. Les Faubourgs sont en réalité le terrain de prédilection des jardins

Proches de la cité ils sont d'un accés rapide pour pour les propriétaires urbains, de plus l'accès à l'eau est bien plus simple que dans les cités, tout le monde n'avait pas un puit dans son jardin loin s'en faut !!!

Il semble donc certain que les structures des villes du M-A, en France, ont comportés de nombreux jardins. Ils n'y occupaient cependant que des surfaces restreintes, mais celles ci s'étendaient dès qu'ils se trouvaient hors la commune cloture !

En fait le nombre et la densité des jardins intra-muros dépendaient de la surface de l'enceinte et du coefficient d'habitations. En général dans les petites agglomérations et dans les parties les plus anciennes de celle-ci les jardins étaient peu nombreux. Il semble cependant y avoir des exceptions, dont une se trouvant dans la région du Périgord ou votre Copiste le nain habite pratique hein !!!!!!! 






A Puy Saint Front de Périgueux, la présence et la disparition des jardins intra-muros ont pu être mesurées grâce à des textes d'archives allant de 1247 (XIII siècle), jusqu'à la fin du XV siècle. Les changements étaient liés à la situation démographique. Il semble qu'une multiplication de jardins ce soit effectué à partir du XIII siècle si l'on se réfère à la documentation écrite 

On découvre dans les chroniques de Périgueux sous Louis XI, une description de la cité, ou il est dit comme suit :

Dans le corset bien serré de ses remparts et de ses trente et une tours, quel dédale de rues et de venelles, quel fouillis de maisons s'entassent sous les yeux de l'homme du Guet qui veille au sommet du clocher Saint Front.

Si étroites sont les rues, que le guetteur ne voit que toits aigus et petits jardins enclos de murs .....une exception qui confirmr la régle ???....peut être ?....n'étant pas Médiéviste je laisse à chacun le soin de se faire une opinion. Oui je sais c'est bien fourbe de ma part !!


PS : cet article est écrit suite à ma lecture d'une fort belle étude parue dans les cahiers de " Civilisation Médiévale " par Madame Elise Gisbert que je remercie M de V

mardi 6 mai 2025

Les petits Métiers de la Rue

La Rue ou Ruelle médiévale est, bien sûr, le théâtre d'activités professionnelles fort variées, qu'elles soient habituelles ou occasionnelles. Elle est à la fois un passage, un atelier, un bureau ou se traitent des affaires et un marché permanent !

Tout au long de la journée, c'est à dire quand il fait jour, car il est interdit de travailler la nuit, artisans et boutiquiers officient derrière l'ouverture de leurs échoppes ou de leurs " Boticques " et ceci à la vue des passants qui se trantolent es rues et ruelles  

Les réglements des corporations en font d'ailleurs une stricte obligation, facilitant ainsi les opérations de contrôle de la Guilde, du Prévôt des Marchands et des Sergents du Prévôt Royal. Cela permettait aussi aux futurs clients, de constater de visu, la qualité du travail, bref une publicité qui ne coûtait rien !

Cela était d'ailleurs notifié dans les statuts du " Livre des Métiers " du Prévôt Royal, Etienne Boileau (voir article) écrit sous le règne de Saint Louis ( Louis IX, qui n'avait rien d'un Saint, voir Article )

Dans ce recueil de règles régissant les métiers il était précisé, selon les corporations, qu'un Maître ne peut officier qu'à la vue du peuple, un impératif  que l'on retrouve dans beaucoup de professions, Tailleurs, Orfèvres, armuriers, métiers de Bouches etc !!! 





Les échoppes sont généralement bordées de larges bancs de pierre ou de bois, nommés " bansches " dans les villes du midi, de tréteaux, de dressoirs à usage commercial ou sont exposés à la vente, mais aussi à la tentation du chaland, ainsi qu'à la poussière, tous produits de consommation courante, tels que vivres, tissus, espices et objets décoratifs !

Dans certaines villes le vantail inférieur des fenêtres ou " Taulié " est abaissé pour servir de table ou de comptoir selon la " Boctique ou Bouticque ", tandis que la partie supèrieur se relève comme une fenêtre à Tabatière, un système que l'on retrouve à Paris comme à Toulouse. Les rares maisons médiévales que l'on trouve à notre époque montrent quelquefois ces " étals "

Quand on a pas la chance de croiser ce témoignage d'histoire, on peut se reporter à des miniatures qui montrent, en plus, les marchandises exposées sur ces étals ainsi que la clientèle qui les achète. Les boulangers, Charcuitiers, Pastissiers, Drapiers, Changeurs, Coutelliers, mais encore Potiers de terre ou d'étain, les Marchands de Vins ou tout autres boissons comme l'hypocras, le Citre (cidre), et tous représentés avec au dessus du présentoir des enseignes ou des écriteaux

Pour certains exceptionnellement vous pourriez même y trouver un éclairage !





Certaines professions n'hésitent pas à entreposer sur la voie publique, même si cela est bien souvent interdit, des matières premières, des outils, des baquets ou " Calquiers " à l'usage des Tanneurs, des Claies ou des " Pelains " pour sécher les peaux et les toiles, voir même à pratiquer certaines opérations liées à leurs professions comme le Barbier ou le Barbier chirurgien ...que voulez vous on fait sa Pub comme on peut !!!

Mais les Bouchers, le Mégissiers ( travail des peaux et du cuir ), les Teinturiers et les Ciergiers ( nommés un peu plus tard Ciriers ) fabriquants de cierges....ne pas confondre avec les chandelles qui sont faites avec du suif animal et qui empeste la maison d'une odeur désagréable ! ( voir article ), eux sont coutumiers du fait ! et ont souvent maille à partir avec les Sergents du Prévôt !

Il est fréquent de trouver dans les Auberges, donnant sur la rue, un présentoir ou l'on vendoit du vin ou l'Albergiste servait le vin aux simples passants sur la chaussée. Il n'est pas rare non plus, au moment des vendanges, de voir devant sa porte de petits pressoirs que l'on pouvait louer pour écraser le raisin de son clos afin de faire sa propre piquette 

Beaucoup de gens avaient quelques pieds de vignes pour faire leurs vins. c'est le cas à Evreux ou l'on fabriquait au XIV siècle un vin qui se vendait dans toute l'Europe !!! ( voir article )





A force de s'étendre dans les ruelles les étalages finissent par nuire à la circulation, ainsi qu'aux règles élémentaires d'hygiènes. On se soucie beaucoup de ce problème dans les cités du midi, comme à Toulouse par exemple ou les bancs obstruent trop souvent rues et ruelles malgré les mesures prises par les Capitouls ( les élus c'est à dire le maire et ses adjoints )

Nimes va dès 1270 désigner des commissaires pour mettre fin à de semblables abus, même chose pour la ville de Narbonne en 1291. Les premiers visés par ces interdits sont les marchands de fruits et légumes et les Poisonniers

Ailleurs d'autres réglements définissent la largeur maximum des étals et des auvents mais le problème reste entier et les ordonnances pour désencombrer les voies publiques doivent être continuellement répétées, sans grand succés bien souvent !!!

On s'interroge encore maintenant pour savoir si les rues et ruelles des cités continuent d'héberger, en cette fin du moyen âge, les métiers qui leur ont légué un nom coutumier dans le passé et si un groupement topographique des professions est toujours de rigueur ???? les Savetiers rue de la Savaterie, les Drapiers rue de la Draperie etc ..








Sauf pour des nécessités techniques comme le voisinage indispensable d'un moulin à fouler ou à tanner pour Tanneurs et Foulons, ainsi que de gros besoin en eau ou la nécessité d'un port, d'une voie de passage pour d'autres professions la situation va évoluer.

On tient compte de plus en plus du facteur sécurité, mais aussi de l'odeur, et du bruit, habiter à côté d'un Tanneur n'est pas flatteur pour vos narines, ni pour vos oreilles si vous logez à côté d'un Boucher ou des abattoirs !! 

Si cette spécialisation des rues et ruelles subsiste encore fin XV siècle elle n'est plus générale. Des livres rentiers Bretons nous montrent qu'il n'y a plus de Cordonniers rue de la Cordonnerie, d'ouvriers du textile rue de la draperie, ni qu'aucun marchand ou financier Italien n'habite plus rue des Lombards ! 

A Hennebont en 1500 il n'existe pas de rues réservées à un type de production, pas plus que de l'autre côté de la France à Cavaillon ou l'on dispose aussi d'actes notariés détaillés




PS : pour en savoir plus je vous conseille le livre de J-P Leguay sur la rue au Moyen âge M de V    

samedi 5 avril 2025

Formation de la Langue Française au Moyen-âge

Restons aux bases et essayons d'être clair. Il n'y a pas plus d'unité dans la langue du M-A que dans sa civilisation. Du IV au IX siècle, la langue Latine, parlée en Gaule depuis la conquête Romaine, se modifie et s'enrichit d'apports étrangers, devenant dans la moitié Nord du pays la langue Française.

Au Moyen âge d'un siècle à l'autre, les formes et les usages syntaxiques ne sont pas les mêmes et au cours d'un même siècle, des dialectes différents sont pratiqués selon les régions. Il faut connaître les étapes de cette évolution et la diversité de ces usages, si l'on veut une notion de ce que furent " l'ancien français " et " le moyen français "

A la fin du IV siècle, sur le territoire de " l'Empire Romain d'Occident ", et en particulier sur le sol de la Gaule, ou le celtique a disparu, la langue parlée est le " Latin vulgaire ", bien différente de la langue écrite dont les ecclésiastiques entretiennent la pratique.

Mais d'une région à l'autre de l'Empire, les usages varient, et de ces divers parlers latins naîtront au fil des siècles les diverses langues "Romanes ", le Roumain, l'Italien, l'Espagnol, le Provençal et le Français 

On est passé insensiblement du " Latin parlé " en Gaule, au " Français ". A partir du V siècle avec les invasions germaniques s'accélère l'évolution de la langue populaire en répendant de nouveaux mots ainsi que des usages nouveaux de prononciation





Aux VI et VII siècles, pendant la période Mérovingienne, la masse populaire parle un langage composite, auquel on donnera le nom de " Roman ". Mais voilà, encore faut il distinguer le " Roman " de la Gaule du Nord, d'ou naîtra la " Langue d'Oil " et le " Roman " de la Gaule du Sud, d'ou naîtra la " langue d'Oc "

Au VIII siècle sous la dynastie Carolingienne s'accomplit la séparation définitive du Latin, une langue morte que les Clercs restaurent dans sa pureté comme langue d'étude et le Roman comme langue parlée...Jusque la vous suivez ??, car si le nain n'est pas un Clerc il espère au moins être Clair !!!. C'est en 813 (IX siècle), au Concile de Tours, qu'il sera ordonné aux prêtres de prêcher en langue vulgaire c'est la reconnaissance officielle du Roman par l'église !

Le Roman de la Gaule du Nord va poursuivre son évolution phonétique et grammaticale pour devenir le Français, tandis que le Roman de la Gaule du Sud deviendra le Provençal. A la fin du IX siècle vont apparaître les premiers textes littéraires, peu après le Français devient la seule langue de nos Rois ! 

Pour préciser d'ou viennent les termes de langue d' Oil et de langue d'Oc, c'est pas bien compliqué, voir même simplissime !!....Oui se disait Oïl dans les dialectes du Nord, alors qu'il se disait Oc dans les dialectes du Sud  







L'Ancien Français : du IX au XIII siècle le morcellement féodal favorise la constitution de nombreux dialectes de province. Les parlers de langue d'oil se divisent essentiellement en Picard, Wallon, Lorrain, Normand et Anglo-Normand, Poitevin, Francien (l'ile de france) et tous sont représentés par des oeuvres littéraires

On peut cependant parler d'une langue d'oil dont les dialectes provinciaux offrent de simples variantes et qui se distingue du français moderne par la survivance d'une déclinaison à deux cas : le mot reçoit une désinence différente selon qu'il fait fonction dans la phrase de sujet ou d'objet   ( li murs, le mur )

Le Moyen Français : A la fin du XIII siècle la déclinaison disparaît et cette disparition entraîne une transformation de la syntaxe : car pour rendre évidente la fonction des mots, on doit, en particulier, leur assigner dans la phrase une place plus rigoureusement déterminée et préciser leurs relations par un recours plus large aux prépositions

Ainsi le français prend son caractère de langue analytique. A cette époque le francien dialecte de l'ile de france (la ou se trouve le roi) a la faveur de la centralisation administrative et va l'emporter peu à peu sur les autres dialectes 





Ces autres dialectes vont tomber au rang de patois qui seront seulement parlés. La langue du XIV, du XV et du XVI siècles, bien distincte du Latin a recu le nom de Moyen Français

A partir du XIII siècle le Français jouit à l'étranger d'un incontestable prestige. C'est en Français que le Vénitien Marco Polo ( voir article ) écrit son livre des merveilles ou il raconte son voyage en Chine 

C'est en français également que le Florentin Brunetto Latini ( voir article ) écrit son trésor il dit je le cite : la langue de France est la parleüre la plus délitable ( agréable ) et la plus commune à toutes gens

Pour ceux qui ne connaissent pas Latini, il fut l'un des Maîtres de Dante, mais toutes les choses de France au Moyen Age et d'abord la littérature et l'Art rayonnent sur l'Occident chrétien  




PS : j'espère ne pas avoir été trop soporifique, mais c'était un sujet qu'il n'est pas facile de traiter de manière claire et précise, ayant moi même quelques difficultés sur les textes du Moyen âge, je ne suis qu'un pôv copiste mordious !  M de V 

jeudi 3 avril 2025

La Dernière Demeure d'Agnès Sorel XV siècle

En 1449 quand Charles VII avait déjà reconquis la majeure partie des places fortes en Normandie et qu'il n'en restait que fort peu au pouvoir des Anglois, il vint à Jumièges et se logea dans un édifice consacré aux Rois et aux Princes qui venaient quelquefois pour s'y livrer aux plaisirs de la chasse

Agnès Sorel est du voyage elle loge dans la résidence du Mesnil, nommé le Manoir non loin de Jumièges et de son Abbaye. C'est pendant le siège de Harfleur que le roi eut la douleur d'apprendre le décès de la belle Agnès

Elle meurt dans ce château le 14 février à six heures du soir, dans toute la force de l'âge et l'éclat de sa beauté....elle avait 40 ans, sa mort étant prématurée fit présumer, par ses contemporains aussi bien que par certains historiens qu'elle avait été empoisonnée et plusieurs théories furent écrites, le papier ne refusant pas l'encre !!

L'une d'elle fera beaucoup de bruit, et mets en cause deux personnages de l'époque, le Dauphin Louis (Louis XI ) et Jacques Coeur (commerçant et argentier de Charles VII )









Le Dauphin Louis à quelques temps de là avait été obligé de quitter la cour de son père, parce qu'un jour, s'étant emporté il avait collé un soufflet, une bouffe, un bourre pif à la favorite. Il la haissait par rapport à son ascendant sur le roi son père !, pour finir par aller se réfugier chez le Duc de Bourgogne.

Certains historiens contemporains de ce prince racontent que dans sa jeunesse Louis était un joyeux compagnon. un certain Auguste Bailly raconte que Louis se trouvant dans une auberge à Rouen avec quelques compagnons, fit remplir de vin la croûte d'un vaste pâté et sans reprendre haleine vida cette coupe improvisée !

C'était un Prince guerrier et ses campagnes en tant que Dauphin, au service de son père le confirme. Il n'était pas encore le Sire au maussade visage. Il ne me semble pas que ce prince impulsif soit le genre à utiliser le poison dans sa jeunesse et le souffet donné à la favorite, sur un moment de colère, semble plutôt prêcher en sa faveur 

Il est vrai que Agnès avait beaucoup d'ascendant sur le roi, jusqu'à modifier le comportement de celui-çi au sujet de la reconquête de son royaume sur les Anglois, ce qui à l'époque fut loin d'être une mauvaise chose !









On accusa aussi Jacques Coeur d'avoir servi d'instrument dans ce crime !, et quelques historiens rapportent même qu'il fut arrêté, mais que ses frères prouvèrent que la favorite était morte en couches, et qu'il fut déchargé de l'accusation portée contre lui 

Les différentes versions qui subsistent sur la mort de cette femme célèbre laissent de l'incertitude, mais au vu de toutes les propabilités il ne semble guère possible qu'un homme tel que Jacques Coeur, qui sacrifia sa fortune pour la prospérité de son pays ( voir article ) et par l'attachement qu'il portait à son souverain, ait pu, d'une manière aussi terrible, le priver du plus cher objet de ses affections !  

Un fait devrait le justifier pour la postérité, c'est la confiance que lui temoignait la belle Agnès Sorel en le nommant son exécuteur testamentaire !!!!

Or donc l'empoisonnement de la maitresse de Charles VII doit être pris comme " Cum Granos Salis ", devant être mis au rang des nombreux mensonges historiques du même genre 

Je répète souvent dans mes textes que le M-A est une cathédrale dont le sol est pavé d'hypothèses plausibles, bel exemple !









Les Moines de l'Abbaye de Jumièges ont dit que la belle Agnès mourut dans des sentiments de pénitence et regretta ses égarements !!!. Que pouvaient t'ils dire d'autre au regard de la fortune qu'elle leur légua, 800 saluts d'or fin, monnaie de france et d'angleterre de l'époque !, afin de dire des messes pour le repos de son âme !!

Elle demanda que son corps soit enterré à Loches et que son coeur fut déposé à l'Abbaye de Jumièges, Jacques Coeur, Robert Poitevin, Etienne Chevallier, ses exécuteurs testamentaires, accomplirent ses volontés

On fit approuver cette donnation par Charles VII, qui enjoignit par lettre du 14 mars de la même année, les moines de jumièges, d'acheter avec cette donnation une terre qu'il affranchirait dès lors du droit d'amortissement !

Les moines achetèrent une portion de la terre d'Anneville, dont ils possédaient déjà une parie qui leur avait été offerte par le Comte de Dunois, ils faisaient feu de tout bois au point d'être capables de vous tondre un oeuf !!!! 









Mais après la mort de Charles VII un jour ou Louis XI se trouvait en l'église de l'Abbaye, ils lui montrèrent le tombeau de leur bienfaitrice et croyant flatter Louis, en penssant que sa haine d'Agnès était toujours vivace, lui demandèrent de faire retirer du milieu du coeur de leur église ce monument 

Ils prétendaient que ce dernier faisait scandale et leur était nuisible dans leurs cérémonies !.....Lourde erreur, le monarque indigné de leur ingratitude répondit : J'y consent mais il vous faut rendre auparavant toutes les donations que vous avez reçu d'elle 

Je pense que les moinillons se sont escargotés dans leurs coquilles, bien que sous les règnes suivants cette demande fut renouvelée, mais ne fut acceptée qu'en 1777  

Nota : le clergé prêtres et moines ont utilisés la crédulité des gens pour faire de l'argent , dès l'époque de Charlemagne, par la dime, les dons, la vente d'indulgences, la confession source d'informations, ainsi que par la force de leurs tribunaux ecclésiastiques, ils ont poussés le commerce de la simonie au niveau d'un art !!!!

 

PS : comme bien d'autres, la sépulture d'Agnès Sorel fut saccagée par nos " trous du culs " de révolutionnaires, il y eut par exemple en Angleterre, des révoltes et des révolutions, nous ne sommes pas les premiers à avoir coupé la tête d'un roi, pourtant chez eux ils n'ont pas tout ravagé comme en France !!!...M de V