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samedi 24 janvier 2026

Jean de Vienne, Funeste début de Carrière !

Jean reçut une éducation qui ne diffère guère des autres jeunes de sa condition, le maniement des armes, l'équitation, la fauconnerie et la chasse, tous les exercices qui donnent à ce jeune gentilshomme, de petite taille, un corps souple et robuste. Notre jeune Chevalier n'a que 21 ans au moment des faits relatés dans cet article. Jean II le Bon donne mandat à son cousin Jacques de Bourbon Comte de la Marche pour rassembler une armée afin d'exterminer les " Tards Venus " quinze mille Routiers !!!

Chaque bande de ces soldats de fortune formait une Route d'ou le terme de Routier...la plus célèbre de ces routes est celle de Seguin de Badefol, sa route se nomme " La Marie " du nom de la mère de ce joyeux drille !!

La précision est d'importance car c'est lui qui commande les compagnies on le nomme le Roi des Routiers si lui est Périgourdin les autres sont Allemands, Brabançons, Flamands, Bretons, Piémontais et gascons. Déroulons cette bataille de Brignais ou l'Ost de France va recevoir une sévère raclée par les Routiers, une de plus me direz vous !







Jacques de la Marche convoque dans la bonne ville de Lyon, menacée par les Routiers, gentilshommes fers vêtus, arbalétriers et des piétons hérissés de vouges et de guisarmes, les gens de guerre accourent alléchés par la picorée (butin) et parmi eux se trouve Jean de vienne brandissant son pennon qu'il avait déjà porté aux combats de Chatillon sur Seine et de Brion

Les fêtes données par la Comtesse de Forez pour remercier les seigneurs accourus à l'appel de son frère Jacques de la Marche sont vite interrompues !..les routiers sont la et campent à treize kilomètres de Lyon ! Il est temps de coiffer le casque et chevaucher à leur rencontre

Le 2 avril 1362 les deux armées sont face à face. face, de l'Ost on voit six mille routiers pauvrement armés qui occupent le sommet d'une large colline, peu élevée, mais très escarpée et rocailleuse. Sur les crêtes qui dominent le chemin d'accès, ils ont accumulé des monceaux de grosses pierres

En arrière et à droite de ce premier corps le gros de la horde, huit à dix mille combattants à cheval se tient cachée en réserve et invisible aux Français, un chemin qui contourne le pied de la colline leur permettra, le moment venu, de déboucher dans le flanc des français !







Inconscient du danger l'ost rutilant a déployé ses lignes brillantes dans la plaine. Mal informée par ses éclaireurs qui n'ont pas su découvrir le dispositif des compagnies de Seguin de Badefol, l'armée entière vibre du désir d'en découdre avec la piétaille des routiers, qu'ils nommaient merdaille !

Sauf Arnaud de Cervole dit l'Archiprêtre (encore un Périgourdin) ancien routier et un proche de Jean II le Bon. Il n'ignore pas toutes les ruses habituelles des routiers !! et l'immobilité de ceux de la colline et leur nombre beaucoup moins grand qu'il eut pu croire ne lui dit rien qui vaille !!

Voià le décor est planté et la grande boucherie va pouvoir commencer, les français n'ont pas retenu les leçons de Crécy et de Poitiers ils vont se faire massacrer par ces Routiers ces soldats de fortune, qu'ils affublaient par dérision du doux nom de merdaille







Maintenant les français visières fermées vont suivre au pas la pente qui permet de joindre l'adversaire. On envoie la lourde infanterie pour gravir la pente caillouteuse en bas de l'emplacement des routiers. Non loin avec les troupes à cheval jean de Vienne contemple ardemment le tableau grandiose de cette première attaque !...Il va apprendre comment on perd une bataille 

Les routiers poussent de gros blocs de pierres sur la pente dans une intarissable avalanche, arbalétriers, vougiers et autres piétailles sont laminés. Vainement Arnaud de Cervoles et d'autre capitaines tentent de forcer l'allure mais la pente est trop raide pour les destriers et les routiers continent, sans trêve, leur besogne meurtrière !!

Moins protégés que les hommes en armures les gens de pieds fléchissent et reculent, Hélas voilà qu'aux blessés qui redescendent vers la plaine empêchent les vagues d'assauts qui montent...la panique devient totale !; Bourbon accourt à la rescousse avec sa bataille, il s'obstine dans la déplorable tactique de la charge qui fut un temps écrasait l'ennemi. mais voici que retentit le bruit des sabots de chevaux lancés à la charge avec des lances de six pieds baissées !! 









La réserve de Seguin de Badefol arrive en rangs serrés sur le flanc des Français. Assallis de tous côtés les français reculent la grande boucherie est consommée, L'archiprêtre sera fait prisonnier par ceux de son ancien métier. Quand à Jacques de Bourbon et son fils Pierre arrachés tous deux de la mêlée et criblés de coups ils expireront quelques jours plus tard dans la cité de Lyon consternée par le désastre

La leçon ne sera pas perdue pour Jean de Vienne, il sait désormais que la discipline vaut mieux qu'une bravoure désordonnée et que les nécessités de la guerre sont bien différentes des régles de coutoisies des tournois prisées par son Roy !

Il a frappé de taille et d'estoc pour sortir du piège des routiers de Brignais. A quelques temps de la Jean de Vienne seigneur de Roulans va entrer au service du Roy de France, Jean II le bon lui fait abandon en septembre 1362 des droits d'une valeur de 140 Florins en Or, sur le village de Villey en Auxois, dans le Comté de Bourgogne, heureuse générosité qui donne aux Valois l'appui d'une redoutable épée !!!

Jean de Vienne deviendra Amiral de la Flotte sous Charles V le Sage certains le nommeront le Duguesclin sur la Mer, mais si sa carrière commence par une défaite, par une bizarrerie de l'histoire elle se termine également sur une défaite !






Pour un homme blanchi sous le harnois la fin de ce XIV siècle se termine mal, Jean de Vienne Seigneur de Roulans constate l'impopolarité d'un Richard II en Albion, un Benoit XIII obstiné à Rome perpétuant le schisme d'Occident, un Roy Fou règnant en France, un ivrogne fainéant dirige l'Allemagne et dix tyranneaux se disputant l'Italie ..triste constat !

Mais voici qu'à l'Orient le ciel s'obscurcit sur la Hongrie, les sectateurs de Mahomet après avoir écrasé les Bulgares, les Albanais, les Serviens (Serbes) et les Bosniaques s'installent en choisissant Andrinople comme capitale de leurs possessions !

Le voilà embarqué dans l'Ost recruté par le Philippe le Hardi Duc de Bourgogne avec à la tête son fils Jean qui sera bien mal nommé plus tard Jean sans Peur ...pitoyable chef de guerre,  à la demande de Sigismond de Hongrie menacé 

Nous voilà à la bataille de Nicopolis contre Bayezid surnommé Ildyrim ( la foudre ou l'éclair ) voir article sur le blog !. Jean de Vienne était la pour chaperonner et conseiller le fils du Duc de Bourgogne, peine perdue, ce sera un bain de sang dans lequel Jean de Vienne disparaît 



PS : la guerre ne fait pas de quartier ! sans vouloir assombrir le tableau penchez vous sur les tensions actuelles et dites vous bien que la guerre ne meurt jamais M de V 



lundi 19 janvier 2026

N° 495) Jean II le Bon un problème d'histoire morale ?

 

Jean II le Bon
Ce que nous savons : le Roy fait prisonnier par le Prince Noir à Poitiers va transiter par Bordeaux pour se rendre en Angleterre il devient le prisonnier de Edouard III, il signera le traité de Brétigny, qui livre la moitié de la France à l'Anglois, puis paye une partie de sa rançon en Franc Or (c'est la première apparition de cette monnaie ) et rentre en France....Mais il retourne volontairement en Albion en Janvier 1364 et meurt à Londres en Avril 1364 !

Ce retour en Angleterre est un cas historique ou l'on voit le désaccord entre les jugements des chroniqueurs du XIV siècle et les sentiments des historiens modernes. Les hypothèses au fil des siècles, n'ont pas manquées d'alimenter les chroniques. Or donc le cas mérite un approfondissement ou si vous préférez une petite enquête !!

On ne peut aiseément retenir pour seule raison de son retour volontaire à Londres, le désir, par point d'honneur, de remplacer son fils évadé le Duc d'Anjou car il suffisait d'un acte de Roy pour renvoyer ce dernier en Albion !

G Dodu dans sa chronique des Valois écrit en 1934 je cite : d'autres mobiles ont pu agir en même temps sur ce cerveau, dans lequel on serait souvent embarrassé pour dire ce qu'il s'y passait ?...je dis oui car un chroniqueur comme Jehan Froissart disait lui même que Jean II était lent à concevoir 



Edouard III
Mais quand l'évasion du fils n'était qu'un incident facile à régler en refaisant passer, de gré ou de force, le bras de mer à ce fils qui ne respectait pas la parole donnée, il faudrait admettre que l'homme qui livrait, cinq ans plus tôt, la moitié de la France en échange de sa personne fût devenu complétement fou pour s'en aller reprendre sa captivité ????

C'est un argument de plus en faveur de la non sincérité du sous seing privé imposé à Londres en Mars 1359, par Edouard III à son prisonnier Jean II le Bon. L'auteur V Tourneur Aumont, historien moderne des Valois tiens le retour volontaire à londres comme un " mystère à percer " et il admet comme hypothèse plausible un voyage d'affaire ? peut être la vente de chevaux et de vins ?...voila qui nous montrerait un Jean II sous un jour innattendu et voyageant en marchand plutôt qu'en Roi ???

Complaisance ou charité quand le Colonel Babinet dans son Captal de Buch Jean III de Grailly estime Jean II plus chevaleresque que sage ???. Beaucoup d'autres auteurs ont aussi évoqués son goût pour les banquets et les joutes ainsi que des amitiés douteuses dont Charles La Cerda, puis Arnaud de Cervole un routier ou ce benet d'Arnoul d'Audrehem







Le Prince Noir
Pour faire bonne mesure n'oublions pas la curieuse mais hypothétique histoire d'amour de Jean II avec la belle Comtesse de Salisbury et Brantôme qui a cru Jean II rival de Edouard III a oublié, dans son idée de retour amoureux vers Albion, que la belle Comtesse était morte depuis dix ans au moment des faits !!!!

Avançons la théorie qu'à son départ Jean II  nomme son fils Charles Régent du royaume, reconnaissant en lui le génie politique. Charles gouvernait en fait et Jean II aurait légalisé cet état de fait ??...Nul doute qu'en donnant les pleins pouvoirs à son fils il n'ai agit en père et en roi clairvoyant. On a peine cependant à se représenter Jean II  en père éduquant son enfant, nous savons qu'il n'y avait que fort peu d'affection entre les deux personnes Père et Fils ???

Selon Delachenal ce fut Jean II qui règna de 1360 à 1364 et selon lui la nomination de Charles en tant que Régent est un acte de roi de France et chef de la croisade voulue par le Pape Urbain V. Un roi heureux d'avoir en France un fils apte à la régence pendant que ses propres préoccupations s'étendent à la chrétienté  ???

Oui je sais cela laisse encore plus de questions mais c'est le lot commun à tout passionné d'histoire !







Jean II le Bon
A son retour en Albion il revenait en Roy de France, en Roy Suzerain, mais surtout en supérieur comme chef de la croisade !. Il devait être conscient de la revanche morale qu'était son retour volontaire !

Il apportait plus haut plus noble, celui des responsabilités créées par sa mission de chef de croisade !

Elle explique la considération d'un chroniqueur comme le Florentin Felippo Villani, personnage altier et fort septique, mais aussi le chroniqueur des quatres premiers Valois, qui dit dans ses écrits que le premier but du retour de Jean II à Londres fut " de traiter l'emprise du Roy d'aller Outremer "

Ainsi pourrait être la clef du mystère. C'est avant tout le chef de croisade qui vient à Londres !....il ne revient pas en fait, il est la pour le réglement habituel des comptes d'Occident avant le départ pour l'Orient afin d'assurer l'union chrétienne !

Un chef de croisade se devait de partir la conscience pure au XXI siècle nous trouvons peut être cela désolant mais un Duguesclin ou un Jean II n'agissait pas autrement !

Nota : je ne cite pas Michelet car je ne trouve pas crédible son approche de Jean II le Bon dans ses écrits. Pour moi Jean II est avant tout, comme son père, un Roy chevalier, avec la tête farcie de romans Arthuriens et de prose sur l'amour courtois, mais cela n'engage que moi bien sûr !

PS pour cet article j'ai utilisé le travail de Monsieur J Tourneur Aumont Professeur à l'Université de Poitiers..d'autre part je remercie toutes les personnes qui me suivent, vôtre assiduité a fait passer le cap des 200 000 visiteurs au blog des chroniques du moyen âge ....encore merci M de V